Lp 46 : 3 fusillés pour l’exemple bientôt réhabilités

Article de la Dépêche du 24/01/2022
vendredi 28 janvier 2022
par  Lot 46
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Dominique Simeone, de la Fédération lotoise de la libre-pensée, a mené son enquête sur les fusillés lotois
DDM – Sarah Nabli

L’Assemblée nationale a voté dans la nuit de jeudi à vendredi 14 janvier une proposition de loi demandant la réhabilitation de 639 soldats fusillés pour l’exemple, une page sombre de la Première guerre mondiale. Parmi eŭ, trois Lotois devraient retrouver leur honneur.

Ils étaient les oubliés de l’Histoire de la Grande Guerre, les parias, les bannis, ceŭ qui n’apparaissaient pas sur les monuments aŭ morts. Les fusillés pour l’exemple étaient pourtant les victimes d’une justice expéditive condamnées arbitrairement, une justice militaire de la terreur pour faire peur aŭ soldats et éviter les désobéissances ou les désertions. Félix Albert Vayssié, Joseph Pascal et Louis Benoit sont les trois soldats lotois qui ont été fusillés pour l’exemple en 1914 et 1915. Plus d’un siècle après, ils devraient être bientôt réhabilités. Les parlementaires ont voté le 14 janvier pour que les noms des 639 soldats soient inscrits sur les monuments aŭ morts et qu’un monument national soit érigé.

« Refus d’obéissance »

Joseph Pascal était né à Vayrac, il appartenait au 14e bataillon de chasseurs à pied, il a été exécuté à 24 ans seulement un peu plus d’un mois après le début de la Première guerre mondiale, le 5 septembre 2014 aŭ Rouges-Eaŭ dans les Vosges. Un an après le 4 octobre 1915, Louis Benoît, 35 ans, originaire de Salviac, était fusillé à Florent dans la Marne pour « refus d’obéissance en présence de l’ennemi ». Quelques jours plus tard à 267 km, à Dainville dans le Pas-de-Calais, Félix Albert Vayssié, 35 ans, né à Boussac, était lui aussi condamné à la peine de mort. « Plusieurs historiens ont travaillé sur les fusillés pour l’exemple notamment le Général André Bach et Nicolas Offenstadt mais c’est Frédéric Mathieu en 2013 qui a mené un recensement précis département par département en regroupant les sources. Il a publié 670 noms dans un livre de 800 pages, c’est la première fois que j’ai vu le nom des trois Lotois » explique Michel Auvray, historien lotois. Au total, il y aurait eu sept soldats condamnés à mort dans le Lot, quatre auraient été graciés.

Disparus des histoires familiales

Si aujourd’hui, l’histoire de ces 639 hommes est déterrée, c’est aussi grâce à la Fédération nationale de la libre-pensée, association pacifiste crée en 1890, qui s’est emparée du combat dans les années 2000. Elle a milité pour leur reconnaissance et leur réhabilitation collective, et non plus au cas par cas, par l’Etat français. Dans le Lot, Dominique Simeone, membre de la fédération départementale de la Libre-pensée et professeur cadurcien, a mené son enquête sur les soldats lotois. Ce féru d’histoire a suivi une conférence de Michel Auvray à Cahors qui évoquait les noms des trois fusillés. Dès 2017, il s’est plongé dans les archives départementales et militaires pour retrouver les fiches de condamnation. Pour lui, le vote de l’Assemblée nationale pour la réhabilitation des fusillés pour l’exemple est une victoire. « C’est l’aboutissement de plus de 10 ans d’action. On va enfin redonner vie à des gens qu’on a voulu effacer de la mémoire collective, qui ont même disparu des histoires familiales à cause de la honte. Des soldats qui ont existé mais qui ont été bannis de tout un champ de recherche. » souligne Dominique Simeone.

L’avancée est là, mais il reste encore du chemin à faire. Le texte de loi a été adopté par l’Assemblée nationale par 39 voix, 26 contre et 9 abstentions. Il était proposé en première lecture dans le cadre d’une journée réservée au groupe La France Insoumise. « Je dis enfin ! Mais est-ce qu’on va réellement vers une réhabilitation collective ? Je doute que ça passe au Sénat, même à l’Assemblée en 2e lecture. Il le faut car on doit tourner la page. On verra dans un mois. » souffle Michel Auvray dubitatif.

Des réhabilitations déjà effectives

« Les premières réhabilitations ont eu lieu en 1921 et en 1935, cela concernait une cinquantaine de soldats au cas par cas. Dès les années 20, il y a eu beaucoup de pression des anciens combattants et de la Ligue des Droits de l’Homme en faveur de ces victimes de condamnations arbitraires. En 1925, un ouvrage est même sorti « Les crimes des conseils de guerre » par Réau » précise Michel Auvray, historien lotois, auteur notamment de « Objecteurs, insoumis, déserteurs : Histoire des réfractaires en France ». Parmi les trois fusillés lotois, Louis Benoît a été réhabilité en 2012 par le maire de Salviac lors de la cérémonie du 11 novembre 2012. Son nom a été inscrit au monument au mort. « Mais il reste encore plus de 130 soldats d’outre-mer, du Front d’Orient, d’Algérie et de Tunisie, qu’il faudrait aussi reconnaître. Les chiffres restent encore en débat entre les condamnés, les exécutions sommaires, ceŭ soupçonnés d’espionnage, les civils… » termine
l’historien.

https://guerre-mondiale.fr/lot-fusilles-pour-lexemple-lors-de-la-grande-guerre-trois-soldats-lotois-bientot-rehabilites/

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