Le rassemblement pacifiste du 11 novembre 2014 à Creil

jeudi 13 novembre 2014
par  lpOise
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La Libre Pensée a tenu, mardi 11 novembre 2014, pour la quinzième fois, un rassemblement pacifiste devant le monument de la Paix de Creil. Sous la présidence de François Aurigny, président de la Libre Pensée de l’Oise, 80 citoyens y ont entendu les discours des associations suivantes :

  • L’ ALAMPAC, représentée par Eric Denis, son vice président, en l’absence excusée du président Roger Daflon, empêché
  • La LDH de l’Oise, représentée par Gérard Van Reysel
  • L’Union Pacifiste représentée par Francis Descroizette*
  • l’ARAC, représentée par André Biette (porte parole Philippe Ratinaud, André Biette étant retenu à Montataire)
  • Le Groupe Ferdinand Buisson, représenté par Pierre-Yves Ruff
  • La Libre Pensée de l’Oise, porte parole : Colette Kaskosz

Nous mettrons en ligne les discours, dès réception de ceux-ci.

Discours de L’Union Pacifiste :

HOMMAGE AUX FUSILLES POUR L’EXEMPLE

Chers Amis, chers Camarades,

L’Union pacifiste, section française de l’Internationale des Résistants à la Guerre, s’associe à ce rassemblement. Tous les monuments aux morts devraient porter la mention "Plus jamais ça".

Nous rendons hommage aux mutins et à tous les réfractaires de tous les pays et de toutes les époques qui sont les pionniers d’un monde sans guerre. On devrait leur donner raison face à la folie des guerres.

Avec la Libre Pensée, la Ligue des Droits de l’Homme, l’ARAC et le mouvement de la paix, l’Union Pacifiste poursuit la campagne pour la réhabilitation des Fusillés pour l’exemple de la Grande Guerre afin que justice et honneur leur soient rendus. Ces hommes ont été victimes d’une des plus grandes injustices de notre Histoire. Cette tragédie reste dans la mémoire collective une cicatrice indélébile qui s’ajoute à l’absurdité de la guerre.

Par un communiqué du 24 octobre 2014, le ministère des Anciens Combattants vient de confirmer les résultats des travaux du SHD (Service Historique de la Défense) qui a dénombré :

  • - 639 soldats fusillés pour désobéissance militaire après jugement ou sans jugement du conseil de guerre
  • - 102 soldats fusillés pour motifs inconnus ou exécutés sommairement.
  • - 267 fusillés pour « actes de droit commun, trahison, espionnage.

On connait donc maintenant les soldats fusillés pour l’exemple. Ce sont les 639 soldats fusillés pour désobéissance militaire. Mais ce sont aussi, sauf preuve du contraire, les 102 soldats fusillés qui ne relèvent ni du droit commun, ni de l’espionnage. A savoir, les 47 fusillés pour des motifs inconnus et les 55 exécutés et tués sommairement identifiés dans les archives militaires.

Les motifs de ces fusillades peuvent avoir pour cause une désobéissance militaire. D’ailleurs, deux cas de réhabilitations de deux poilus exécutés sommairement ont d’ailleurs été prononcés par la cour d’appel de Colmar en 1926. Les lieutenants Herduin et Millant coupables d’abandon de poste ont été exécutés sans jugement à Verdun le 11 juin 1916 par des généraux criminels. La cour d’appel de Colmar a rendu pour verdict que ces deux lieutenants étaient innocents des faits reprochés. Ces généraux étaient des fusilleurs. L’Union pacifiste se réjouit d’ailleurs que, à l’initiative de la Libre Pensée, le procès des généraux fusilleurs et assassins soit organisé les 13 et 14 décembre 2014 à Soissons, dans l’Aisne sur les lieux mêmes des tranchées du front.

Évidemment, la réhabilitation judiciaire "au cas par cas" n’est plus envisageable cent ans après. Puissions-nous obtenir prochainement cette réhabilitation collective des Fusillés pour l’exemple pour laquelle nos associations luttent depuis bientôt un siècle parmi lesquels les 8 fusillés de l’Oise que nous avons identifiés :

- Ernest François MACKEN fusillé le 07 septembre 1914 à l’âge de 25 ans, cultivateur domicilié à Liancourt, mort par la France

- Florimond CARPENTIER fusillé le 25 septembre 1914 à l’âge de 25 ans, Né à Héricourt/Thérain, mort par la France

- Victor SCHMITT, fusillé le 6 octobre 1914 à l’âge de 34 ans. Né à Chiry-Ourscamp, mort par la France

- Georges HEIDERSCHEID fusillé le 10 octobre 1914 à l’âge de 26 ans. Né à Breteuil, mort par la France

- Ildevert Daniel DOMBRECHT fusillé le 23 février 1915 à l’âge de 22 ans. Né à La Neuville Roy, mort par la France

- Maurice VALLUET fusillé le 29 novembre 1915 à l’âge de 24 ans. Né à Mont-L ‘Evêque, mort par la France

- Albert CROIZE fusillé le 3 mars 1916 à l’âge de 26 ans. Né à Canny/Thérain, mort par la France

- Émile LEDOUX fusillé le 26 juin 1916 à l’âge de 22 ans. Né à Compiègne, mort par la France.

Le centenaire de la Grande Guerre donne lieu à des commémorations cocardières, nationalistes et militaristes. Nous devons la commémorer de façon internationale et pacifiste.

Rappelons-nous que lors des deux guerres de 14-18 et 39-45, l’ « Armée d’Afrique » comptait 290.000 hommes issus des colonies françaises (Algérie, Sénégal, Mali, Maroc…) qui ont versé leur sang pour la libération de la France et, pour une majorité d’entre eux, ont ensuite versé leur sueur pour la reconstruire dans les décombres de l’après-guerre.

Nombre de sans-papiers vivant aujourd’hui en France sont les fils et petits-fils de ces combattants et de ces travailleurs de l’ombre. Au nom de la mémoire et du sacrifice de ces hommes que la France, par besoin vital à l’époque, recrutait par dizaines de milliers, il ne serait que justice de régulariser tous ces sans-papiers stigmatisés et surexploités, qui ont un droit légitime à vivre de plein droit en France dans le sillage de leurs « glorieux » ancêtres.

Le 11 novembre n’est pas une commémoration militaire.

C’est une commémoration faite par la municipalité et par les anciens combattants.

La véritable commémoration ne serait être patriotique, basée sur fête de la victoire de la République contre la barbarie allemande et pour la paix.

La véritable commémoration doit être pacifique.

Ce doit être la commémoration de la peine, du recueillement devant ces massacres. C’est pourquoi nous sommes ici. Que cette guerre soit la dernière," la der des der".

C’est d’ailleurs le choix qui a été fait pour ce monument aux morts de Creil inauguré le 17 octobre 1926 par le maire Jules Uhry

Il ne glorifie pas la mort au combat. Aucune représentation guerrière sur ce monument mais des symboles de paix (la gerbe de blé, les fleurs l’enclume, le marteau autour de la femme debout lui donnent un caractère résolument pacifiste. Aux critiques du sous-préfet de Senlis qui demandait une révision du projet, le maire de Creil répondit que la meilleure façon d’honorer les morts, c’était de rappeler qu’ils sont morts pour crier la paix dans le monde. D’autres inscriptions rencontrent notre totale adhésion.

Comme à Gentioux, dans la Creuse, l’inscription sera "Maudite soit la guerre " sera gravée.

Ou encore comme à Gyf - l’Evêque dans l’Yonne avec « Guerre à la guerre » côté sud et "paix entre tous les peuples" côté Nord.

Je conclus avec la déclaration de l’internationale des Résistants à la guerre : "La guerre est un crime contre l’humanité. Pour cette raison, nous sommes résolus à n’aider aucune espèce de guerre et à lutter pour l’abolition de toutes ses causes".

Union pacifiste de France - Section française de l’Internationale des Résistants à la Guerre. Creil, le 11 novembre 2014.

Union pacifiste de France BP 40 196, 75624 Paris Cedex 13 Tél. : 01 45 86 08 75 union.pacifiste@orange.fr www.unionpacifiste.org www.wri-irg.org


Prise de parole de Pierre Yves Ruff, du groupe Ferdinand Buisson de la Libre Pensée

Le 27 juillet 1914, la CGT, forte de 300.000 membres, organisait d’importantes manifestations contre la guerre. L’année d’avant, elle avait publié un manifeste anti-militariste.

Huit jours plus tard, le 3 août 1914, la guerre est déclarée.

Le lendemain, le Président de la République de l’époque, Raymond Poincaré, en appelle à l’“union sacrée”. Le jour même, la CGT rejoint ladite union sacrée. La décision en sera prise, sans même qu’on en ait débattu. Le débat aura lieu cinq mois plus tard, fin novembre. Les anciens antimilitaristes estimeront, pour la plupart, que cette guerre est bien la leur.

Que signifie la possibilité, pour un humain supposé réfléchir, d’être un jour pacifiste, et le lendemain belliciste ?

La décision que prit la CGT n’est qu’un exemple parmi d’autres. Je vous parlerai d’un parcours, qui pour moi en dit long, sur la nature de l’humain. C’est celui d’un certain Brunschwig, qui se fit appeler Montéhus. Chansonnier révolutionnaire, proche des anarchistes, ami personnel de Lénine, partisan de la cause des femmes, il est également un pacifiste convaincu.

Arrive 1914. Montéhus modifie les paroles de L’Internationale. Elles deviennent, sous sa plume : “C’est la guerre finale / Battons-nous et demain / L’Internationale / sera le genre humain.” Il appelle les socialistes, ou encore les anarchistes, à rejoindre l’union sacrée. Pendant quatre ans, il va multiplier les chants nationalistes et guerriers. Certains ne manquent pas de relents xénophobes. Tel est le cas de celui consacré aux soldats de l’Afrique du Nord, intitulé L’Arbi. On y rencontre ces paroles, de nature nauséabonde : “Moi, il sait bien toi pas voulu guerre / Toi, li Français, c’est kif kif le bon Dieu.”

Après la guerre, Montéhus redevient, le plus naturellement du monde, antimilitariste, internationaliste et révolutionnaire. C’est à lui que l’on doit, rédigée en 1920, une hymne que vous connaissais tous, La Jeune Garde.

Je vous propose trois remarques.

On nous dit, bien souvent, que l’adhésion des foules à l’objectif guerrier provenait de la propagande. Je n’en crois rien. Si la propagande fonctionnait à coup sûr, François Hollande et Manuel Valls n’auraient pas d’inquiétude à avoir, quant à leur côte de popularité.

Deuxième remarque. Dans le cas de la CGT, ou dans celui de Montéhus, l’adhésion au projet belliciste se fait du jour au lendemain. La déclaration de la guerre suffit, pour qu’ils aient une âme guerrière. En temps de paix, et pour certains dès 1917, ils redeviennent pacifistes. La guerre, à elle seule, produit donc un effet direct. La propagande n’intervient qu’après. Elle a pour rôle de combler un désir, ou encore un besoin de croyances. Tous les pays d’Europe verront le même phénomène. Pacifistes hier, les révolutionnaires deviendront presque tous bellicistes.

Troisième remarque. Ce qui est troublant dans la guerre, c’est qu’elle emprunte toutes les formes du besoin religieux.

Déjà, parler d’“union sacrée” peut mettre la puce à l’oreille. Mais voici en quels termes Raymond Poincaré, inventeur de cette formule, l’a évoquée. Cela tient en deux phrases :

“Dans la guerre qui s’engage, la France aura pour elle le droit, dont les peuples, non plus que les individus, ne sauraient impunément méconnaître l’éternelle puissance morale. Elle sera héroïquement défendue par tous ses fils, dont rien ne brisera devant l’ennemi l’union sacrée et qui sont aujourd’hui fraternellement assemblés dans une même indignation contre l’agresseur et dans une même foi patriotique.”

Je relève tout d’abord deux sophismes. Le droit n’est jamais éternel. Il change tout le temps. D’ailleurs, le gouvernement de l’époque revient alors sur la loi de 1904. Il n’ose pas s’en prendre à la loi de 1905. Pour plaire aux catholiques, les congrégations religieuses vont avoir, à nouveau, le pouvoir d’enseigner. Par ailleurs, chacun sait, depuis Kant, que s’il existe une réelle puissance morale, elle est celle de la conscience, en aucun cas du droit.

J’ajouterai, que le discours de Poincaré est clairement un discours religieux. Les hommes ne sont plus fils de leurs parents. Ils sont fils de la France. Elle remplace habilement, dans la culture populaire, le culte de la Vierge Marie. Tous les fils de la France sont alors – les termes ne sont pas anodins – “fraternellement assemblés”. Ils le sont dans l’indignation, mais ils le sont surtout, dans une même “foi patriotique”.

On ne dit pas – mais c’est induit – que le sacrifice à venir du soldat remplacera, peut-être de manière avantageuse, le sacrifice de la messe…

Je conclurai – pour ne pas déroger à ce principe religieux – par deux remarques, et une exhortation.

Première remarque. Mon ami Théodore Monod aimait bien souligner, qu’à l’échelle de la planète, l’humain est la toute dernière des nouveautés. Rapportée à la terre elle-même, sa présence serait comme une feuille de papier à cigarette, placée sur la plus grande pyramide d’Égypte. Du coup, il lui faut encore du temps pour parvenir à évoluer. Militaires et CRS me semblent l’attester, pour ne rien dire ici de celles et ceux qui les dirigent.

Deuxième remarque. Ce que produit la guerre, c’est une étrange communion. Du jour au lendemain, les hommes y adhèrent. Elle est, pour eux, une forme de conversion.

Dans un pays laïque, comme l’était la France, l’“union sacrée”, avec la “foi patriotique”, n’a pas besoin de forme religieuse. La guerre est une religion. Elle est la plus barbare, la plus archaïque, la plus prégnante des religions.

Dans un pays où la foi religieuse est présente, la guerre passera par l’adhésion aux religions. Contrairement à ce que dit la propagande d’aujourd’hui, ou la méconnaissance du phénomène religieux, aucun occidental ne devient Djihadiste, pour s’être converti à l’Islam radical. Ils font juste semblant de se convertir à l’Islam, par amour de la guerre.

J’en veux pour preuve, que tous les rapports de police, affirment l’inculture religieuse de ces candidats au Djihad. J’en veux pour preuve, que l’un d’eux, dix jours après son départ en Syrie, est revenu en France, car il était, pour lui, trop dur d’arrêter de fumer. J’en veux pour preuve, ces gamines, qui partent en Syrie, quand bien même leur condition y sera pire que l’atroce.

La guerre est une religion. Elle demeure la plus archaïque, la plus horrible, la plus atroce des religions.

Camarades libres-penseurs, je vous exhorte à ne pas l’oublier. Parmi les religions, il en fut une, 1700 ans en arrière, qui faillit gagner dans l’histoire. Mais elle interdisait aux élus, de verser une goutte de sang. Elle préconisait le refus de la guerre, le refus de la chasse, jusqu’à l’interdiction de manger de la viande. Pour eux, un animal avait droit au respect de la vie.

Bien entendu, on les extermina.

Camarades libres-penseurs, ne croyez pas que les religions produisent toutes des guerres. Veuillez comprendre que la guerre est la matrice des religions. On peut lutter contre les religions, tout en étant adepte de la guerre.

Je conclurai sur une note d’optimisme. Même jadis, certains furent capables de résister, à la religion de la guerre.

Parmi eux, l’un de mes grands-oncles éloignés, Pierre-Jules Ruff. C’est à lui que je veux dédier ma prise de parole d’aujourd’hui.

En l’an 1912, il est condamné à cinq ans de prison. Il était le gérant de la revue Le Mouvement Anarchiste. Il est alors condamné pour “provocation au meurtre, à l’incendie, et au pillage”.

En l’an 1915, avec son ami Louis Lecoin, emprisonné aussi, ils signent un appel : “Aux anarchistes, aux syndicalistes, aux hommes.”

En décembre 1916, à peine libérés, ils réitèrent, et lancent un nouvel appel : “Imposons la paix”. Six mois plus tard, ce sera : “Exigeons la paix !”. Cela leur vaudra encore, quinze mois de prison ferme.

Camarades libres-penseurs, la guerre est une religion. Face à elle, se lèvent à l’occasion quelques voix prophétiques. En ce 11 novembre, je veux rendre hommage à l’un d’eux, un grand-oncle éloigné, et renié par la famille, Pierre-Jules Ruff, gazé à Neuengamme.

Merci, ô camarade. Face aux prêtres du Capital ainsi qu’aux prêtres de la guerre, tu fus véritablement un prophète.

J’ai dit.


Message d’André Biette, responsable de l’ARAC (COMITE DEPARTEMENTAL DE L’ OISE)

Association Républicaine Anciens Combattants Et Victimes de Guerre Des combattants pour l’amitié, la solidarité, la mémoire, l’antifascisme et la paix

Mesdames, Messieurs, chers amis

Nous voici donc commémorer ce 11 novembre 1914 le début d’un long conflit meurtrier même s’il nous faut vieillir, nous préférons 1918 qui célébrera le retour de la paix. Oui, la Paix, c’est le bien de chacun.

C’est ce que désiraient ceux qui avaient répondu à la mobilisation générale et qui, du jour au lendemain, à l’appel du tocsin avaient tout quitté, la famille, le travail et leur espérance parce que les dirigeants de l’époque, hier et aujourd’hui , c’est toujours facile de faire la guerre avec la peau des autres.

Leur avaient dit que ce serait une affaire réglée en quelques mois face à d’éventuels envahisseurs ce conflit moyenâgeux, allait durer plus de 4 ans et coûter la vie à 1.500.000 militaires soit 10 % de la population active. 300.000 civils sont morts de violence, de famine et de maladie dues à la guerre, malgré le courage et le dévouement des Femmes de France, dans les usines, les champs et les administrations et commerces.

Des milliers de villages, usines, entrepôts, gares, ponts et ports de commerces dévastés et ruinés.

Des milliers d’hectares de cultures pollués d’obus

Oui, nous, nous préférons la paix.... Mais celle-ci est bien précaire.

Notre France est engagée dans de nombreux conflits, contre des armées entières qui, sous prétexte ou non de religion, assassinent, égorgent, violent, traitent en esclave des populations entières.

Des fanatiques prêts à toutes les violences, quittent le pays et vont retrouver ces intégristes quelques gourdasses enfilent la burka et s’engagent dans des folies meurtrières d’un autre temps. Alors que des millions de femmes dont un prix Nobel se battent pour le respect et la liberté des femmes.

Je ne voudrais faire l’amalgame des différentes guerres, tel que le souhaite le patronat, relayé par ce gouvernement qui a pris la porte à droite et les grands moyens de communication ainsi partis politiques de droite et front national, mais je voudrais rappeler qu’il y a 60 ans le premier militaire tombait en Algérie, le 1er novembre 1954. Ils s’appelaient Cochet, Audot, Markey, un long cortège allait suivre celui-ci, 30000 soldats français.

Puisque nous en sommes au monde combattant, Marini - celui de la réserve parlementaire en Corse - a souhaité que les anciens combattants paient l’impôt sur les quelques centaines d’euros de leur retraite.

En saluant la mémoire des morts militaires et civils de ce conflit 1914-1918 et aussi les fusillés pour l’exemple, nous vous invitons à prendre conscience que la sérénité de ce monde trouble remet en cause la paix. VIVE LA France


A.L.A.M.PA.C.

ASSOCIATION LAÏQUE DES AMIS DU MONUMENT PACIFISTE ET CONTRE LA GUERRE DE CREIL « LA PAIX SE RÉVÉLANT À L’HUMANITÉ » 11 novembre contre le militarisme

Chers amis, bonjour à tous,

Au nom de l’A.L.A.M.PA.C.,

Je vous apporte le salut de notre président Roger DAFLON. Roger n’est pas présent parmi nous cette année. Son état de santé a nécessité son hospitalisation alors qu’il séjournait auprès de sa fille dans le sud de la France. Nous lui souhaitons un prompt rétablissement.

Je commencerai mon propos en citant le soldat Louis BARTHAS, tonnelier, en février 1919 : « Dans les villages, on parle déjà d’élever des monuments de gloire, d’apothéose aux victimes de la grande tuerie, à ceux, disent les patriotards, qui « ont fait volontairement le sacrifice de leur vie », comme si les malheureux avaient pu choisir, faire différemment.

Je ne donnerai mon obole que si ces monuments symbolisaient une véhémente protestation contre la guerre, l’esprit de la guerre et non pour exalter, glorifier une telle mort afin d’inciter les générations futures à suivre l’exemple de ces martyrs malgré eux. »

Propos qui révèle que la notion de monument pacifiste était déjà dans les esprits des anciens soldats.

Nous sommes réunis ce matin au pied du monument pacifiste de CREIL, pour lequel la municipalité de l’époque, sous l’impulsion de son maire Jules Uhry, a dû déployer force et pugnacité afin d’imposer son édification en la forme que les édiles avait souhaitée. C’est un sujet sur lequel l’ALAMPAC reviendra au cours de ces prochaines années.

Nous sommes ici, comme tous les 11 novembre depuis plusieurs années maintenant, pour célébrer non pas la Victoire, mais la Paix.

Qui a fait le 11 novembre ?

En 1918, comme en 2014, les plus hauts représentants de l’Etat mélangent allègrement le patriotisme, la grandeur des généraux assassins, la nécessité du sacrifice, et oublient le refus de la guerre, la colère des soldats, l’injustice expéditive du front.

Pourtant, la trace de cette horrible guerre est inscrite dans chaque famille, c’est dans les chairs de chacun des citoyens que l’horreur est marquée : morts, disparus, mutilés, traumatisés, veuves, orphelins.

On peut comprendre que durant les jours qui ont suivi la déclaration de fin de la guerre, il y ait eu de grands rassemblements festifs, avec cependant un certain goût de rancœur et de dégoût.

Rémi Dalisson (Professeur à l’université de Rouen, Rémi Dalisson étudie l’histoire des célébrations et des fêtes publiques en France depuis le XIXe siècle) explique dans son ouvrage 11 novembre, du souvenir à la mémoire :

«  Cette ambivalence qui minore la joie du triomphe par la tristesse devant les massacres et les souffrances, illustre toute l’ambiguïté de la commémoration de la fin de la guerre, en France comme ailleurs (…) Car une tension apparait immédiatement entre les anciens Poilus et le pouvoir avide de célébrer la victoire du régime – et de ses valeurs – mais aussi la Revanche. Les survivants sont en effet écœurés par les massacres, les errements stratégiques du Commandement, l’incompréhension de l’arrière et l’absurdité du conflit, toutes choses qu’ils savent partagées par leurs homologues allemands  ».

André Linville écrit quant à lui dans le journal des mutilés et des réformés du samedi 13 juillet 1919 : « Ne l’oublions pas, qu’on le veuille ou non, le militarisme c’est la guerre, et la guerre, nous n’en voulons plus. Donc supprimons désormais tout ce qui peut éveiller le militarisme dans notre pays. Les manifestations militaires sont ces aliments. Écartons-les. Plus de cérémonies guerrières. Plus de ces retraites qui excitent l’imagination. Plus de ces revues, qui ne sont que d’inutiles spectacles, destinés à enflammer les foules. La France a besoin de se recueillir et de travailler, dans la paix, pour vivre, pour se refaire et pour prospérer. Elle n’a pas besoin de jouer au soldat, après quatre ans de guerre  ».

Le 11 novembre est avant tout la construction des anciens combattants. De 1919 à 1922, c’est une autre guerre idéologique où les poilus, regroupés, ne veulent pas voir travestir ces quatre années de souffrance.

Gaston Boutboul (1896-1980) (sociologue français spécialiste du phénomène de la guerre) dans son Traité de polémologie explique : « C’est surtout après la guerre de 1918 que dans plusieurs pays se déchaîna une énorme vague de pacifisme antimilitariste et irrévérencieux ».

Les formes que prendra l’An Un de la guerre (1919) sont un étrange mélange entre un bellicisme exacerbé par un pouvoir qui a censuré, caché en collusion avec des généraux assassins, une mixture de « la haine du boche », le goût amer des années perdues, des amis perdus et une claire volonté de ne plus voir l’horreur. Mixture compréhensible parce que tout n’était pas connu, parce que la chape de plomb de la guerre pesait encore sur les consciences. Mais pas toutes, c’est pourquoi il est difficile de penser que c’est l’union nationale qui a dominé après la guerre. Ce qui va s’imposer, c’est une lente mais sûre montée du refus de la guerre, jusqu’au pacifisme intégral et ce dès 1919.

Boutboul explique que «  ce sont les anciens combattants qui jouent le premier rôle dans les cérémonies qui se déroulent autour des monuments aux morts. Ce sont eux qui ont voulu que le 11 novembre, organisé initialement par eux-mêmes, devienne une fête nationale ». (…). Il poursuit «  après la guerre de 14, c’est dans la presque totalité des communes de France que s’élève un monument. Il en existe trente-cinq mille, construits quelquefois par la volonté des anciens combattants, des municipalités le plus souvent et seulement 1% des communes n’en n’ont pas  ». (…) « Mais précisément, que commémorent ces monuments et que célèbrent les anciens combattants qui se rassemblent autour d’eux le 11 novembre de chaque année ? Ni la guerre, ni la victoire en tant que telle, ni même la nation  ». (…)

« Le caractère essentiel du 11 novembre est d’être une fête de la paix et une fête des morts. Ainsi l’atteste aujourd’hui encore le cérémonial de ce culte des morts, le seul culte civique qui ait vraiment réussi à s’implanter en France. Ce n’est pas une fête militaire malgré les drapeaux et les chants patriotiques. D’ailleurs, sur un certain nombre de monuments, le grade des anciens combattants n’est même pas mentionné ».

Le 11 novembre n’appartient donc pas aux militaires.

Cependant, qu’a-t-il été fait du 11 novembre ? Après la loi de 1922 qui a fixé la date du 11 novembre jour férié, quelques préfets, le temps et l’Histoire aussi de la seconde guerre mondiale contribuent à modifier l’esprit voulu par les poilus. Le refus du militarisme et de la glorification de la guerre s’efface derrière les fanfares, les apparats, les protocoles. Pourtant, le 11 novembre appartient bien aux frères de tranchées, aux fils qui ne sont jamais revenus, aux pères qui ne connaissent plus la douceur des nuits, torturé par l’éclat de Shrapnel, aux enfants et parents mutilés, aux morts sacrifiés sur le champ du déshonneur de la guerre, aux fusillés pour l’exemple, aux réfractaires et déserteurs. Le 11 novembre appartient à la République. Devant ce monument pacifiste, devant cette « Paix se révélant à l’Humanité », et à l’heure où les conflits dans le monde ne cessent de se développer, il est nécessaire de rappeler que c’est la barbarie des guerres qui poussent les peuples les uns contre les autres, pour satisfaire les intérêts économiques et politiques d’un petit nombre de personnages qui domine le monde.

Nous sommes à l’agonie d’un système qui détruit les emplois et jettent les peuples dans la misère. Et l’on sait que pour relancer le système, les dirigeants sont toujours prêts à provoquer des conflits armés.

Et ce n’est pas seulement une question d’Histoire. Aujourd’hui encore les gouvernements envoient des jeunes mourir dans des pays étrangers pour, soit disant, défendre la liberté et la démocratie.

Aujourd’hui, comme en 1914, on ment aux peuples. Ces guerres sont provoquées pour défendre les intérêts de grandes entreprises américaines et européennes.

Nous voulons que l’argent public soit investi dans les écoles, les hôpitaux pas dans la guerre ! Maudite soit la guerre ! A bas la guerre, à bas toutes les guerres ! Réhabilitation de tous les fusillés pour l’exemple !

Eric DENIS vice-président ALAMPAC Creil le 11 novembre 2014


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