L’Union sacrée et l’Eglise catholique

Communication de J. Fassié le 11 novembre 2007 à Château-Arnoux
dimanche 18 novembre 2007
par  lpVaucluse
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Allocution de Jacques Fassié en clôture de la conférence donnée à Château-Arnoux, le 11 novembre 2007, par Maurice Mistre-Rimbaud, auteur de l’ouvrage « Des républicains diffamés pour l’exemple » (à propos des soldats provençaux du XVe corps diffamés par la hiérarchie militaire, le ministre de la guerre et la presse au lendemain du désastre militaire de Dieuze – Lorraine - 20 août 1914 – dont l’entière responsabilité incombait à l’Etat-Major)

Mesdames, Messieurs, chers amis, chers camarades

Je vous apporte le salut antimilitariste de la Fédération nationale de la Libre Pensée qui fut à l’initiative du renouveau des rassemblements pacifistes du 11 novembre ; je remercie vivement Maurice Mistre-Rimbaud de sa conférence car la vérité et la réhabilitation sont dues aux soldats du XVe corps, aux fusillés pour l’exemple, victimes du terrorisme d’Etat et calomniés pour couvrir l’attitude criminelle des gouvernants de l’époque et de leurs chefs militaires au plus haut niveau.

Cette vérité, nous la devons aussi aux générations actuelles à qui l’on ment sur le passé pour leur faire accepter ce présent de guerres et d’occupations impérialistes qui désolent et démembrent des nations comme l’Irak, l’Afghanistan, la Palestine, comme a été démembrée la Yougoslavie, comme sont déchirés d’autres pays en Afrique et en Asie.

On ose nous présenter, de la tribune de l’ONU à la Commission de Bruxelles, ces guerres comme des expéditions humanitaires, des interventions pour la démocratie, pour mettre fin à de soit disant affrontements ethniques absolument préfabriqués pour justifier lesdites interventions militaires… Ces mensonges véhiculés par les médias aux ordres doivent renforcer notre détermination à combattre la guerre destructrice de la civilisation et les fauteurs de guerre spoliateurs des richesses économiques des peuples.

Au départ de nos rassemblements, il y eut celui de Gentioux et, maintenant, on compte plus de vingt manifestations organisées devant des monuments pacifistes par la Libre Pensée et des associations laïques constituées autour de ces monuments, de plus en plus souvent rejointes par des élus et d’autres associations et organisations du mouvement ouvrier et démocratique.

Ces manifestations rencontrent un succès grandissant car loin des discours hypocrites en hommage aux « morts pour la France », nous honorons les victimes de guerre, toutes les victimes civiles et militaires de toutes les guerres et nous affirmons que les guerres ne font que des victimes parmi les peuples.

Inlassablement, nous démontrons que le prétendu accord unanime des peuples français, allemands ou serbes pour la guerre en août 1914 n’est qu’un mensonge, un mensonge pour maquiller la responsabilité de ceux qui menèrent à cette faillite de la civilisation, une calomnie pour couvrir des capitulations honteuses… ; c’est pour cela qu’il leur fallait tuer Jaurès avant de le transformer en une icône pacifiste, lui qui désignait le capitalisme comme le régime social fauteur de guerres, lui qui combattait le militarisme, c’est à dire la survie du capitalisme par l’économie d’armement et de guerre.

Par ces rassemblements, nous refusons le silence et la réécriture de l’histoire à l’encre de la calomnie telle cette légende noire du XVe corps ; nous refusons les exécutions « pour l’exemple » ; nous célébrons ceux qui s’opposèrent, et là était le seul vrai courage, à la boucherie impérialiste en dépit de la répression, de la censure de la presse par les Etats-Majors, et d’une opinion publique que l’on dressait dans un délire chauvin contre les internationalistes.

Nous faisons nôtre ces propos du journaliste socialiste serbe Douchan Popovitch qui écrivait en 1914 : « Nous ne faisons aucune, absolument aucune concession aux raisonnements et aux tendances nationalistes et guerrières », et pourtant ajoutait-il, «  la Serbie défend sa vie, son indépendance… et si la social-démocratie était en droit de voter quelque part pour la guerre, c’était bien certainement en premier lieu en Serbie… mais la guerre entre la Serbie et l’Autriche n’était qu’une toute petite partie d’un tout, rien d’autre que le prologue de la guerre européenne universelle ; et cette dernière ne pouvait avoir nul autre caractère qu’un caractère impérialiste nettement prononcé… nous avons estimé qu’il était de notre devoir impérieux de nous déclarer résolument contre la guerre... »

Aux antipodes de cette proclamation internationaliste, l’Eglise catholique s’est engagée, dans chaque pays belligérant, dans le soutien à la guerre.

Le 1er août, le gouvernement français décide la mobilisation générale. Le lendemain, le ministre de l’Intérieur Malvy, anticlérical en d’autres temps, suspend l’application de la loi de 1904 sur la fermeture des écoles congréganistes.

Le 5 août, le journal La Croix, organe de la hiérarchie catholique, répond à l’appel à l’Union sacrée du Président Poincarré : « Plus de vains débats entre nous. Plus de querelles irritantes. … On sent que l’union est voulue par Dieu pour la paix de la France. … À cette heure, il n’y a plus de partis. Il y a la France éternelle, la France pacifique et résolue. Il y a la patrie du droit et de la justice tout entière unie dans le calme, la vigilance et la dignité. »

Le 1er Novembre 1914, dans une Lettre encyclique, le pape Benoît XV dénonce la guerre comme une conséquence du laïcisme : « ... depuis que les préceptes et les règles de la sagesse chrétienne ... ont cessé de présider au gouvernement des États, ceux-ci ont commencé, ... à chanceler sur leurs bases. ... absence de bienveillance mutuelle dans les rapports des hommes entre eux ; mépris de l’autorité ; luttes injustes des différentes classes de citoyens ; appétit désordonné des biens périssables, comme s’il n’y en avait pas d’autres, supérieurs de beaucoup, proposés à l’activité humaine. Du jour en effet où on a voulu placer l’origine de tout pouvoir humain, non plus en Dieu Créateur et Maître de l’Univers, mais dans la libre volonté de l’homme, ... De là provient le mépris des lois, de là l’insubordination des masses, de là cette critique effrontée de ce qui est commandé, de là ces mille prétextes imaginés pour énerver la force du pouvoir, de là les forfaits atroces de ceux qui, faisant profession de ne reconnaître aucune loi, ne respectent ni les biens ni même la vie de leurs semblables. Avis aux Princes et aux gouvernants : ... Qu’ils fassent réflexion sur réflexion, et qu’ils considèrent s’il est conforme à une sage politique de vouloir exclure la doctrine de l’Évangile et de l’Église du gouvernement et de l’instruction publique de la jeunesse. »

Plus tard, en octobre 1916, Georges Goyau, académicien catholique, analysait ainsi la situation : « … depuis 28 mois l’Eglise de France s’est intimement mêlée à la vie du pays, à la vie du front, où l’on se bat, à la vie de l’arrière, où l’on tient. Elle est théoriquement séparée de l’Etat … mais ce sont là des abstractions qui, sous la pression des faits, dépouillent quelque chose de leur rigidité. L’Église de France, au cours de cette guerre, a pu mesurer elle-même et faire mesurer aux Français la place qu’elle occupe dans la vie nationale. Il a suffi qu’un homme d’État, quel que fussent ses propres sentiments, trouvât et prononçât le mot Union sacrée pour que … l’Église … fût invitée à redevenir la collaboratrice normale de la bienfaisance officielle, et pour qu’ouvertement elle invitât ses fidèles à répondre avec une sollicitude particulièrement docile aux appels fiscaux de l’État. » Et il ajoute : « … dans les hommages qu’elle - l’Eglise - rend à l’Union sacrée, il y a plus et mieux qu’une tactique politique du moment, il y a toute une morale sociale, et toute une doctrine séculaire, visant à la concorde civique par l’harmonie des âmes. »

Un rapport de police de décembre 1916 note : «  L’attitude du clergé en général et de celui de Paris en particulier, qui contraste singulièrement avec ce qui se passait avant la guerre, démontre que tous ses actes sont dictés par le souci de se concilier les Pouvoirs Publics…l’autorité ecclésiastique s’applique en toute occasion à se faire l’auxiliaire du Gouvernement. »

Comme on pouvait le lire en novembre 1918 dans un tract de l’Idée Libre : « Oui, l’Eglise est le grand, le principal profiteur de la guerre. Les périodes troublées lui sont favorables. Elle met à profit les deuils et les souffrances ; elle exploite les hésitations, les faiblesses, les défaillances ... Aux populations éprouvées, elle parle d’expiation divine (?). Et, alors que les partis se sont tus, l’Eglise Romaine, dans tous les pays, travaille avec acharnement pour regagner son ancienne puissance et faire régner sur l’esprit humain l’intolérance et son dogmatisme. »

Oui, l’Eglise catholique a été tout au long de cette première guerre mondiale, et dans chaque pays, la complice des massacreurs, des cours martiales, des exécutions pour l’exemple… comme elle devait être ensuite la complice des Mussolini, Franco, et Hitler… monnayant à chaque fois ses services à coup de remise en cause de la laïcité, le maintien du concordat en Alsace -Moselle en est un triste exemple ainsi que plus tard les accords de Latran, les concordats avec Hitler, Franco et Salazar.

Et aujourd’hui, en reconnaissance de sa doctrine sociale qui est à la base des menées corporatistes qui menacent comme jamais la démocratie politique, la laïcité institutionnelle, l’existence des organisations syndicales indépendantes, l’article 15 du nouveau traité européen reprend intégralement les dispositions contenues dans l’article 52 de l’ancien traité pour donner aux religions un statut légal de partenaires officiels des institutions européennes. Dans notre pays même, la loi de 1905 est menacée de révision.

Aujourd’hui comme hier, ceux qui oppriment les peuples ont besoin des Eglises pour conformer les consciences, briser les résistances, justifier l’inégalité des conditions...

Aujourd’hui comme hier, sur le terrain qui est le sien, celui d’une société de pensée, la Libre Pensée s’emploie par ses actions, ses colloques, ses publications, à oeuvrer, avec d’autres chaque fois que c’est possible, à la défense des conquêtes démocratiques, en premier lieu la loi de séparation des Eglises et de l’Etat qui a fondé la liberté de conscience, à lutter contre la guerre, à combattre les dogmes de toutes natures…

L’histoire, a dit Jaurès, enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements... mais elle justifie l’invincible espoir !


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