Paul Philippe a eu 100 ans ce 4 février

Anniversaire de notre fidèle ami et camarade
mercredi 10 février 2010
par  lpOise
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Il exerça 36 métiers, il habita notamment Paris et Clermont, il fut longtemps militant du PC et deux fois maire-adjoint de sa commune. Esprit indépendant, il est adhérent de notre fédération depuis 1947. Il a fêté ses 100 ans le 4 février 2010, entouré de sa famille, en présence notamment du maire de Clermont et d’un délégation de notre fédération.

On ne résume pas Paul Philippe. Il a toujours su ce qu’il voulait, et ce qu’il ne voulait pas. Il a combattu toute sa vie, pour réussir à l’école, pour gagner sa vie après voir perdu très tôt sa mère et après avoir constaté que son père ne lui apportait plus de soutien. Il nous autorisera sans doute à revenir sur son parcours. Dans l’immédiat voici la présentation que notre président a fait de lui ce 4 février en présence du maire et du représentant du préfet, à la maison de retraite de Clermont : 100 ans de Paul Philippe

Notre camarade Paul Philippe est né le 4 février 1910 et il fête aujourd’hui ses 100 ans. Nous sommes heureux d’être à ses côtés aujourd’hui, lui qui nous a « passé le relais » et qui était déjà présent à la Libre pensée de Clermont en 1947 comme le montrent nos registres de trésorerie ;

S’il a, au cours de sa vie militante, pris des engagements et défendu ses positions, cela n’est pas toujours assez connu de tous. Car Paul Philippe n’a jamais voulu jouer les vedettes et se hausser du col, mais quand on entre dans sa conversation on apprend beaucoup et les plus jeunes d’entre nous en ont besoin.

C’est aussi en pensant à eux que nous rappelons ici quelques aspects de la vie de Paul Philippe. Et nous l’évoquerons aussi dans notre revue nationale.

Natif d’Arras, tôt venu dans la région parisienne du fait de l’évacuation d’une grande partie du Pas de Calais lors de la guerre de 1914-1918, il s’est fixé dans l’Oise à Clermont depuis près de 68 ans.

L’école

Sa formation de base repose sur l’enseignement qu’il a reçu dans l’école de la République.

Elle s’est déroulée dans l’école primaire du 151 avenue Gambetta à Paris

D’ailleurs si nous ouvrons le Journal des instituteurs du 23 janvier 1910, nous y lisons, au moment de sa naissance :

« Que l’école laïque, sans trop se soucier du bruit qu’on fait autour d’elle, garde donc jalousement sa doctrine, qui est celle-là même de toute pensée scientifique : ne recevoir jamais aucune chose pour vraie qu’on ne la connaisse évidemment être telle. Habituer les élèves à douter ; à observer, à réfléchir, à chercher eux-mêmes des preuves, à discuter ; soumettre leur esprit à cette discipline rationnelle : c’est la tâche et la raison d’être de l’école laïque, c’est tout notre programme. »

Les débuts

Ce bagage scolaire, Paul Philippe le fera toujours fructifier. Ses débuts furent difficiles. En effet à peine le certificat d’études en poche, sa mère disparaît et son père n’était pas en capacité de l’élever. C’est donc très tôt l’emploi de « grouillot » dans les bureaux par lequel il commence et ensuite, pour des raisons liées à la vie de son frère, une formation de jardinage et de nombreuses places de jardinier logé nourri qui constitueront le dur apprentissage du salariat. Cette période du service militaire et de ses débuts dans la vie active est illustrative déjà de ses traits de caractère. Et pour les faire comprendre, utilisons les notes mêmes que Paul Philippe a écrites et qu’il nous a permis de consulter.

Au service militaire, Paul Philippe est nommé dans la sixième section d’infirmiers à Verdun, les sujets de contestation ne lui manquent pas ; ainsi il indique :

Dans les premiers jours de notre arrivée l’on nous emmena dans une salle d’études pour remplir ce qu’aujourd’hui on appelle un test, mais qu’à l’époque on appelait simplement un examen. Cet examen se composait de deux parties : un questionnaire d’identité ; et des questions sur notre quotient intellectuel. Sur le questionnaire d’identité, il était demandé le nom, le prénom, la profession, le numéro matricule, l’adresse civile, les diplômes et la RELIGION. Cette question sur la religion me révolta particulièrement. Qu’est-ce que la religion avait voir avec l’armée. Je vis là une question inquisitoriale. N’ayant pas de religion, il me suffisait de répondre en regard « Sans », mais mon esprit provocateur me fit inscrire « Libre penseur » si bien que les jours suivant le sergent goguenard, m’appelait Monsieur le libre penseur. L’imbécile. Il faut croire que nos réponses avaient été épluchées en détail. A cette époque je ne faisais pas partie de cette association anti-cléricale, je n’y adhérais que 15 ans plus tard après 1945, et j’y suis toujours fidèle.

Mais il faut aussi savoir tremper deux fois sa plume dans son encrier :

Il y avait une rédaction en quelques lignes avec pour thème « Votre impression en arrivant à la citadelle ». Là aussi je vois une question insidieuse afin de connaître le moral et la mentalité du nouvel appelé. Quoi répondre à cette question ? Je ne pouvais quand même pas écrire que j’étais satisfait de me trouver là, que les lieux étaient avenants et que je comptais y passer un agréable séjour en compagnie de gardés sympathiques … Je ne pouvais pas non plus écrire que j’étais là à contre-cœur, que le réfectoire était dégueulasse et que le sergent était un imbécile. Je planchais sur cette rédaction, et je finis par écrire que j’avais constaté que le casernement n’était pas trop éloigné de la gare, et que ce serait plus facile pour aller en permission. Ma réponse était complètement ridicule, mais je n’ai pas trouvé mieux.

La pression de l’armée lui donne envie de résister, ainsi je cite :

À l’un de ces appels du courrier, l’on nous fit remarquer que les lettres que nous recevions ne devaient pas porter la mention Monsieur mais, infirmier. Ainsi à l’armée on perd sa dignité d’homme pour n’être plus qu’un pion. Je me gardai bien d’en aviser mes correspondants, et j’ai toujours continué à recevoir mes lettres au nom de Monsieur.

Après le service militaire il pourra épouser la femme de sa vie et il aura la chance de travailler plusieurs années dans une grosse entreprise « La Semeuse » filiale financière de la Samaritaine. Ce milieu de travail sera aussi pour lui celui qui lui apportera le syndicalisme, lui permettra son premier engagement au parti communiste. C’est cette à époque que simultanément auront lieu deux événements dans sa vie : la grève générale de 1936 et la naissance de sa fille Maryse le 10 juillet 1936. Et encore une anecdote qui nous fait sentir à la fois le caractère de notre ami et la situation de l’époque. Sa fille est née à la clinique Cognacq Jay et les parents décident de l’appeler Maryse ; il écrit :

Les religieuses de la clinique ne comprenaient pas le nom de Maryse, pour elles il n’y avait qu’un nom de valable « Marie », « notre bonne sainte mère ». Nous n’en avions rien à faire et à la mairie, l’employée de l’état-civil ne voulait pas non plus l’admettre comme prénom. A l’époque il n’était pas encore usité, pourtant deux aviatrices portaient ce nom, Maryse Hiltz et Maryse Bastié. Comme j’insistais, une autre employée qui suivant la conversation dit, "mais si, Maryse c’est gentil", et ce prénom fut accepté.

et le développement des vacances pour les salariés est obtenu avec la grève générale. Paul Philippe note alors (page 27) :

L’année suivante, les routes de France furent envahies par une multitude de bicyclettes et de tandem de gens qui, pour la plupart, n’avaient jamais eu la possibilité de prendre quelques jours de détente en dehors des fêtes légales et qui en profitaient pour rendre visite à leur famille de province. D’autres, par le train, allaient voir la mer pour la première fois de leur vie et prenaient possession des plages. Ce qui faisait dire aux « nantis » propriétaires de chalets sur le front de mer, d’un air dédaigneux et courroucé « ces congés payés qui viennent salir nos plages ». Comme si la nature n’avait été faite que pour eux — leurs plages ( !) – bientôt, leurs plages, elles appartiendraient à l’armée allemande …

Clermont

A la fin de la guerre Paul Philippe est installé à Clermont, il aide à reconstituer le parti, communiste français et à ce titre il sera élu maire adjoint dès le printemps 1945. Il sera un représentant de son parti dans les élections cantonales et il exercera encore souvent, jusqu’au début des années 80, un mandat municipal. Il indique ainsi, lorsqu’il évoque un quartier de Paris où il travailla très jeune.

À Paris, la dénomination de square est donnée aussi bien à un jardin public rempli de verdure, qu’à une voie sans issue où il ne pousse pas un seul brin d’herbe. C’est par le souvenir de ces deux squares, Athénée et Édouard VII, que dans les années 80, étant maire adjoint à Clermont, j’ai proposé cette appellation inhabituelle à deux voies sans issue dans le quartier des Sables, le square Bernanos et le square Marcel Pagnol. Ainsi à 60 ans d’écart, à l’occasion d’un simple souvenir, un quartier populaire de Clermont se trouve rattaché à un quartier bourgeois du centre de Paris.

Nous aurons l’occasion de revenir sur les enseignements que nous pouvons tirer de la vie et des engagements de notre camarade et ami. Car c’est avec l’analyse du passé que l’on comprend le présent. En voici un exemple lorsqu’il évoque l’hôpital militaire de Plantières à Metz, 60 ans après qu’il y fut passé :

Pour nous, les français, le service militaire était de 1 an, 1an et demi. Pour les Africains, Algériens et autres, de 3 ans, pour les Indochinois de 7 ans. Ils n’étaient pas recrutés par conscription comme nous, mais ramassés au hasard dans les campagnes comme cela se faisait chez nous sous Louis XV. On s’étonnera après cela que ces gens-là en soient arrivés un jour à nous jeter dehors de leur pays …

En forme de conclusion il écrivait ceci dans les années 90 :

Dans le début de ce siècle la mort décimait la jeunesse, enfants et adolescents. Passé ce stade, les gens avaient l’espérance de vivre 50 à 60 ans. Ceux qui arrivaient à 80 ans étaient bien souvent dépendants et séniles. Aujourd’hui la mort d’un enfant ou d’un adolescent est presque exceptionnelle. Les progrès de la médecine et une meilleure hygiène ont prolongé la vie, et les gens vieillissent plus tard et restent en meilleure santé plus longtemps. Ceci grâce aux lois sociales qui découlèrent du Front Populaire, issues des grèves de 1936 et qui permettent de se soigner dès l’apparition de la maladie, ce qui n’était pas le cas auparavant. Les journées de travail sont moins longues, les congés payés, qui étaient de 15 jours au départ et qui sont de un mois aujourd’hui, permettent à tous de prendre du repos, les retraites assurées permettent à tous de vivre une vieillesse sans problème d’argent. Tout n’est pas parfait et il y a encore bien des misères mais dans l’ensemble la situation ouvrière s’est bien améliorée au regard de ce qu’elle était du temps de ma jeunesse.


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Article et photo S Molines Courrier Picard
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