Discours du rassemblement La Barre 2017 - La Seyne sur Mer

samedi 1er juillet 2017
par  LpVar
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La Seyne sur Mer, le 1er Juillet 2017

Chers amis de la Laïcité,

Pour la quatrième année consécutive, nous nous réunissons le 1er Juillet pour commémorer le supplice du Chevalier de La Barre. Il y a 251 ans, un jeune homme de 19 ans a été torturé de 6h du matin à 7h du soir, puis décapité, et son corps brûlé sur la place publique en Abbeville. La justice du Roi Louis XV lui reprochait de ne pas s’être découvert lors du passage d’une procession, et de détenir le Dictionnaire Philosophique de Voltaire. A cette époque, l’Etat était le bras armé de l’Eglise catholique romaine. Depuis 1905, la République est organisée selon un principe juridique que l’on appelle la Laïcité.

Pour la Libre Pensée, la laïcité c’est la séparation des Eglises et de l’Etat, résumée par cette formule de Victor Hugo : « l’Eglise chez elle, l’Etat chez lui ». Et pour cela, l’article 2 de la loi précise : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». Ce qui veut dire que l’Etat n’a pas a s’occuper des affaires internes des religions ; il doit assurer la liberté de conscience de chaque citoyen, et dans cadre là seulement, il garantit le libre exercice des cultes. L’Etat n’a pas à faire de théologie, il ne doit pas différencier les religions, il doit simplement faire respecter l’ordre public. Or l’ancien gouvernement faisait exactement le contraire ; comme nous le disions dans notre texte d’appel, nous avons connu avec les gouvernements précédents une conception bonapartiste de la laïcité. Le Premier ministre, Manuel Valls se permettait même de donner son avis sur des questions vestimentaires ! Et, en même tant, il participait en tant que tel à de multiples kermesses religieuses comme la canonisation de deux papes au Vatican.

Bien sûr, les religions n’acceptent pas de gaieté de cœur cette mise à l’écart des affaires de l’Etat. Elles cherchent et chercheront toujours à récupérer la place qu’elles ont perdue. Mettre l’Etat à leur service, et en particulier piller les finances publiques, c’est pour elles quelque chose de véritablement atavique. Mais c’est aux responsables politiques de refuser leurs exigences et de refuser leurs offres de service.

Or, sur cette question, les gouvernements successifs de la Vième République ont un lourd passif à leur actif (excuser-moi pour cette formule). Il faudrait des heures pour détailler, depuis la loi Debré, tous les coups portés à la loi de 1905.

Dans le combat pour faire respecter la laïcité, le rôle du ministre de l’intérieur est primordial. Or, aujourd’hui nous avons M. Gérard Collomb. M. Collomb se réclame d’Aristide Briand, rédacteur de la Loi de 1905. Mais il dit et fait exactement le contraire. Pour lui, « la laïcité française reconnaît toutes les religions ». N’importe qui sachant lire est capable de faire la différence entre les expressions : "ne reconnaît aucune" et "reconnaît toutes". M. Collomb sait certainement lire, mais apparemment, il sait aussi falsifier les termes de la loi. Avec lui, on peut s’attendre aux pires impostures et aux pires confusions sur la lecture gouvernementale de la loi de 1905. Son activité passée comme Maire de Lyon et comme Président de la métropole de Lyon ne nous permet aucune illusion. La réalité de la "laïcité" de M. Collomb, ce n’est pas celle d’Aristide Briand, mais celle de l’Union Européenne qui « maintient un dialogue ouvert, transparent et régulier » avec les religions, c’est à dire le contraire de la laïcité. En fait de liberté, c’est surtout la liberté de financements sur fonds publics de soi-disant activités culturelles, activités camouflant des subventions aux cultes.

Prenons quelques exemples ;

Chaque année, une cérémonie catholique, celle des "vœux des échevins" est organisée à la cathédrale de Fourvière. Cette cérémonie prend sa source au XVIIème siècle, pour remercier la Vierge Marie qui aurait sauvé la ville de la peste. Disparue après la Révolution, cette cérémonie obscurantiste fut réactivée brièvement sous Pétain, puis par Raymond Barre. Aujourd’hui, c’est M. Collomb qui vient faire acte d’allégeance au cardinal de Lyon en lui apportant une obole. Cette coquetterie cléricale se double d’une multitude de subventions publiques : financement de l’ascenseur et des illuminations de la cathédrale, financement de la rénovation de la Maison de Lorette où vécut Pauline-Marie Jaricot, fondatrice de l’institution religieuse et caritative les Réparatrices du Cœur de Jésus. Ce bâtiment est la propriété des Œuvres Pontificales missionnaires ; il est habité par les Carmélites Missionnaires Thérésiennes. Subvention aussi à l’association Communauté de Sant’Egidio.

Les autres religions sont aussi bien pourvues :

Subvention à la Conférence des Églises protestantes européennes pour ses “Journées internationales” en 2005 à Lyon. Subvention d’un million d’euros pour la construction de l’Institut Français de Civilisation Musulmane dont les responsables de cet Institut reconnaissent qu’ils cherchent à compléter les activités de la mosquée. Comme on dit aujourd’hui, c’est "open bar" pour tous les cultes dans la ville de Lyon. Les Mormons trouvent la ville tellement accueillante qu’ils ont déplacé leur siège de Genève à Lyon. La laïcité de l’école publique est touchée puisque l’Arche de Noé qui dépend de l’Armée du salut intervient à Lyon dans les activités périscolaires imposées par la loi Peillon de refondation de l’Ecole. Et bien entendu, toutes les occasions sont bonnes pour que la Mairie soit représentées lors de cérémonies ou fêtes religieuses. Tout est fait pour présenter aux citoyens, les autorités religieuses comme des autorités morales. Tout est fait pour enfermer les croyants dans leur communauté, et tout est fait pour dédaigner la majorité des français athées, agnostiques ou tout simplement indifférents aux religions.

Pourquoi ? Pourquoi cette attitude ?

Pour tous les hommes politiques qui veulent s’en prendre au progrès social obtenu depuis des dizaines d’années, la réponse est simple : diviser pour régner. Pour tous les réactionnaires, il vaut mieux que les citoyens se regroupent par communautés religieuses plutôt que selon des intérêts de classes sociales. Le choix de M. Collomb est parfaitement compréhensible dans le cadre d’un gouvernement qui veut détruire le droit du travail, la sécurité sociale, les services publics, etc…

Mais la multitude de mouvements sociaux, certes localisés, que nous connaissons aujourd’hui, et, d’une manière inhabituelle, que nous avons connu pendant la période électorale, montrent que ce mauvais calcul politique contre la laïcité est loin d’être réussi.

Je vous remercie


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