L’Eglise catholique a-t-elle changé ?

samedi 6 octobre 2007
par  LpVar
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L’Eglise catholique a-t-elle changé ?

Pour le centenaire de la loi de 1905, lors la rédaction du livre « 1905 » par Jean-Marc Schiappa, nous avons été amenés à faire des recherches aux archives départementales de Draguignan. Les polémiques de l’époque dans les journaux « Le Petit Var » pour les républicains et « La Croix » pour les cléricaux gardent toute leur actualité.

Ainsi, Prosper Ferrero, député socialiste du Var (Toulon), écrit-il dans « Le Petit Var » du 5 février 1905 : « la démocratie libérée de la foi veut aujourd’hui continuer l’œuvre de la Révolution arrêtée depuis plus d’un siècle par Napoléon. La transformation de l’actuelle société capitaliste en une société collectiviste ne pourra s’effectuer avec la mentalité religieuse catholique, avec ses idées de hiérarchie, de subordination, de propriété individuelle. Sous peine de reculer au-delà du siècle passé, il faudra continuer sans trêve la bataille contre les moines, contre les prêtres séculiers. » Cette bataille devait aboutir quelques mois plus tard à la loi de Séparation. Une loi que l’Eglise n’a jamais acceptée car elle remet en cause son pouvoir et l’ordre social qu’elle veut maintenir de toutes ses forces. Comme le dit si bien Napoléon : « La Société ne peut exister sans la religion. Quand un homme meurt de faim à côté d’un autre qui regorge, il est impossible de lui faire admettre cette différence s’il n’y a pas là une autorité qui lui dise : « Dieu le veut ainsi, il faut qu’il y ait des pauvres et des riches dans le monde mais ensuite, et pendant l’éternité, le partage se fera autrement »…

Aujourd’hui, par le biais de sa doctrine sociale et le soutien aux syndicats d’accompagnement, par le développement de ses œuvres caritatives, par la mise en place d’une Europe vaticane, l’Eglise ne montre-t-elle pas qu’elle a gardé exactement la même orientation : maintenir à tout prix l’ordre social, soumettre la multitude des pauvres et « Laisser tout à sa place » comme le mentionne l’article qui suit ?

Article du journal « La Croix » du 16 juin 1905

La logique et le bon sens des ennemis de l’Eglise

Personne n’ignore qu’en ce moment, à la Chambre des députés, socialistes et républicains, réunis en bloc ou bataillons carrés, livre un furieux assaut à l’Eglise catholique. Ont-ils raison ? ont-ils tort ? Il importe de le savoir. Mettons-les pour cela en face de la logique et du bon sens, et répondons à ces deux questions :

1° Peut-on se dire socialiste, c’est-à-dire ami de la société, et faire la guerre à l’Eglise ? Qu’en disent la logique et le bon sens ?

2° Peu-on se dire républicain, c’est-à-dire ami du peuple et faire la guerre à l’Eglise ? Qu’en disent la logique et le bon sens ?

Les Socialistes, leur nom le dit, se proclament comme étant par excellence les amis de la société ; ils la veulent, disent-ils, absolument parfaite. C’est bien ! et nous applaudissons à leur si louable désir. Mais allons à la pratique.

Pour qu’une société soit absolument parfaite, ne l’oublions pas, il ne suffit point qu’il y ait une association d’intérêts matériels ; il faut, avant tout et par dessus tout, une association de cœurs. La logique et le simple bon sens le disent.

Or, je vous le demande, qui a mieux compris et a mieux réalisé ces deux conditions des parfaite Société, que l’Eglise catholique, dont le deux grands commandements sont ainsi formulés :

AIMEZ-VOUS LES UNS LES AUTRES

Voilà pour l’association des cœurs.

AIDEZ-VOUS LES UNS LES AUTRES

Voilà pour l’association des intérêts.

Et ce qu’elle commande, l’Eglise l’a fait depuis le premier jour de son existence, et elle continue de le faire.

Dès le premier jour de son existence – l’histoire est là pour l’affirmer – après l’ascension de Jésus-Christ son fondateur, le monde étonné et ravi a vu le spectacle, nouveau pour la terre, d’une multitude ne formant qu’un cœur et qu’une âme et s’entr’aidant ensemble dans toutes les nécessités de la vie.

Ce que les vrais catholiques ont fait au premier jour, ils le font encore aujourd’hui. Les ordres religieux, en particulier, donnent toujours au monde ce même spectacle : Ne sont-ils pas de grandes familles, où tous s’appellent frère et sœur, où tous doivent s’aimer et s’entr’aider ? Ne se dévouent-ils pas au secours des pauvres, des infirmes, des orphelins et de tous les malheureux ?

Les choses étant ainsi, - et qui peut dire le contraire, puisque ce sont des faits plus éclatants que le soleil, - les choses dis-je, étant ainsi, qui plus qu’un socialiste devrait, s’il voulait écouter la logique et le bon sens, qui plus qu’un socialiste devrait aimer et défendre l’Eglise catholique et les ordres religieux.

Objections. Mis ainsi en demeure, le socialiste croit échapper aux étreintes de la logique et du bon sens en disant :

1° L’Eglise catholique promet les jouissances après cette vie et prêche la pénitence pendant la vie présente ; nous socialistes, nous voulons la jouissance et le plaisir, même pendant la vie présente.

2° L’Eglise catholique maintient la hiérarchie sociale, et dit au pauvre et au travailleur de rester dans la condition inférieure où les a mis la naissance, ne lui promettant que d’être roi dans le ciel ; nous socialistes, nous ne voulons plus de distinction de classes, nous voulons que chacun soit indépendant et souverain sur terre.

Voilà les deux objections clairement formulées. Voici la réponse que leur font la logique et le bon sens :

Première réponse. – L’Eglise catholique, tout en promettant des jouissances particulières et infinies après cette vie, permet ; accorde et bénit toutes les jouissances légitimes et raisonnables pendant cette vie ; elle ne défend que les jouissances dangereuses et criminelles qui altèrent la pureté de l’âme et la santé du corps. Il s’agit de choisir entre le vrai plaisir et le faux plaisir : plus vous donnez de plaisir au corps, plus votre âme se dégrade, et plus les maladies se multiplient. Que dit l’expérience et, avec l’expérience, que disent la logique et le bon sens ? L’expérience dit que « celui qui est sage dans sa jeunesse est jeune dans sa vieillesse » ; l’expérience dit que « peu suffit à la nécessité » et que « rien de suffit à la sensualité », et qu’une société qui vit de sensualité est une société à l’agonie.

– Qui a raison ? et qui prend mieux les intérêts de la société ? Est-ce l’Eglise catholique ou nos prétendus socialistes ? Qu’en disent la logique et le bon sens ?

Deuxième réponse. – Détruire la hiérarchie sociale, c’est encore une folie. C’est comme si les membres du corps humain, pris de vertige, voulant quitter leur place et prendre, tous, la place de la tête.

Ainsi pour les membres du corps social : la classe dirigeante en est la tête ; la classe moyenne, les mains ; la classe populaire les pieds. Chacune de ces classes a sa place particulière et son rôle particulier à remplir ; changez cet ordre, vous détruisez la société. L’Eglise est plus sage, elle laisse tout à sa place ; mais, par l’amour réciproque qu’elle ordonne, tous les membres du corps social s’aimant entr’eux, s’entr’aident l’un l’autre, se respectent, s’honorent et sont heureux.

Les pieds qui semblent les plus humiliés sont les premiers à l’honneur. La tête ne s’abaisse-t-elle pas vers les pieds poudreux ? et les mains ne s’emploient-elles pas à les laver ?

Comment oublier que les pieds portent tout ? Et que c’est le travailleur qui nourrit tout ?

Laisser tout à sa place est donc, tout simplement, une question d’expérience, de logique et de bon sens.


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