Jean ROSTAND, un biologiste contre le nucléaire

mardi 13 décembre 2011
par  lpOise
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Un biologiste contre le nucléaire, dont l’œuvre et les écrits ne doivent pas rester oubliés

Un recueil de textes de Jean Rostand, choisis et commentés par Alain Dubois est publié prochainement sous le titre "Un biologiste contre le nucléaire"

Il est précédé d’une préface de Jacques Testart et édité chez "BERGINTERNATIONAL"

Voici des extraits de ce qu’en disait un de ses anciens élèves, Jean-Louis Ficher, lors de la conférence du 18 septembre dernier :

"....Rostand reconnaît dans la personnalité de Jean-Henri Fabre, l’entomologiste éthologiste, qu’il choisit pour maître dès son enfance, de lui avoir donné cette indépendance qui lui a permis de s’exprimer avec force pendant que d’autres restaient silencieux : dans son éloge s’adressant à Fabre il écrit «  C’est grâce à vous que j’ai pu conserver, jusqu’au bout, une indépendance dont je ne crois pas avoir mésusé et qui m’a permis, quelquefois, n’ayant rien à espérer ni à craindre de personne, de parler et même de crier quand d’autres se taisaient…  » Alors crier, crier les injustices et les malheurs de la guerre, crier les différences sociales et le pouvoir des riches sur les pauvres, crier les dangers que l’Homme fait encourir à l’Homme par ses folies meurtrières de ses bombes atomiques, crier pour une paix mondiale qui fuit sans cesse et se révèle impossible, crier pour que la paix puisse s’écrire avec une majuscule et que le rêve utopiste se transforme dans le réalité d’une entente entre les peuples.

Dès sa jeunesse il débute son œuvre de moraliste, moraliste à la manière des La Rochefoucauld et des Chamfort. Son premier livre Le retour des pauvres, est publié chez Stock en 1919 sous le pseudonyme de Jean Sokori (Sokori est inspiré de Sokorri ou Soccori, nom d’une chapelle du pays basque située à Urrugne , proche de Cambo-les-bains où la famille Rostand était établie à Arnaga). Ce premier livre à une suite avec Pendant qu’on souffre encore (1921). Ces pamphlets dénonçant ceux qui ont profité de la guerre pendant que d’autres sacrifiaient leur vie au champ de bataille quant ils n’étaient pas fusillés « pour l’exemple », démontre avec force combien ma souffrance est éphémère et que la mémoire oublie assez vite au fur et à mesure que les douleurs s’adoucissent. Alors tout de nouveau devient possible pour que les atrocités d’hier se renouvellent dans une nouvelle guerre et tout recommencera comme si rien ne s’était passé et que les hommes n’ont pas tiré de leçon de leur récente expérience vécue : «  Dans quelques années, rien ne subsistera de tout le mal que la guerre a introduit dans le monde. La souffrance est terriblement éphémère. Après avoir crû et atteint son solstice, elle décline et bientôt sera évanouie. Déjà le temps a commencé d’accomplir son œuvre curatrice. On guérit ou l’on meurt. On s’accoutume. On s’adapte.   » Ceux qui souffrent encore ne gardent pas leur douleur pour eux car ils «  sont responsables devant l’humanité… ayant la dure gloire de souffrir, détiennent le privilège de savoir ; Qu’ils disent, qu’ils crient leur mal ! Qu’ils ne le gardent pas avarement pour eux ! Il faut que le monde en bénéficie.   » Si la haine demeure, la guerre sera perdue «   Perdue non pas pour un pays, mais pour l’humanité entière . » Alors des « … des hommes neufs se précipiteront sur d’autres hommes neufs, comme si l’on se battait pour la première fois et que, déjà, on n’en avait pas eu assez de s’égorger.  » Dans la guerre il y a le héros, celui qui sait mourir et donner sa vie pour la Patrie ; il y a l’autre, celui qui refuse le sacrifice de sa vie, il est « Cet homme qu’on immole malgré lui, cet individu aux prises avec la Patrie, évoque la bête qu’on assomme. Il nous dérange, il suscite en nous des comparaisons pénibles. Là où il n’y a que des héros satisfaits de leur sort, il n’y a plus d’abattoir humain. Aucun moyen terme : quand l’homme n’est pas un héros, il n’est qu’une morne bête qu’il faut abattre, qui se dérobe, glisse sous le couteau, et qu’on doit ramener, maintenir sous la lame. » Autrement dit : «  Sous cet homme social qu’à la rigueur on a le droit de tuer, il est un autre homme isolé dans l’univers, une sorte de double cosmique qui, étranger à toutes les querelles, n’est ni solidaire, ni responsable de rien ; et cet homme-là, innocent et libre, on l’assassine !   » Ce qui intéresse Rostand, comme il fera tout au long de sa vie, c’est de parler, quand d’autres se taisent, de ceux qu’on cachent parce qu’ils ne répondent pas à l’ensemble, de ceux sur qui pèsent les injustices sociales, de ceux qui refusent de participer à un système qu’on leur impose : « regardons ceux qui, tristement, hostilement, derrière les plus brillantes turbulences ne voient que leur mort prochaine. Regardons ceux qui, s’ils disparaissent, n’y veulent être pour rien et en laissent toute la responsabilité à autrui ; ceux qui se font plus pesants, le plus passifs ; ceux qu’il faut traîner au supplice. Regardons ceux qui arrivent déjà presque inertes aux lieux où l’on tue. Même le traître qu’il faut ficeler sur une chaise pour le fusiller nous donne mal aux nerfs. A plus forte raison nous sentons-nous gênés devant ces hommes, innocents entres innocents, qui ne commettent d’autre crime que de vouloir vivre quand tous meurent. »

L’œuvre pamphlétaire et moraliste de Jean Rostand est sanctionnée par la publication de plusieurs livres. Il y a ceux de jeunesse, peu connus, axés sur l’observation de son milieu social, et dans lesquels il fait une critique de la bourgeoisie, de ses manières de vivre, de ses comportements, de ses défauts (voir par exemple Les Familiotes, et autres essais de mystique bourgeoise, Paris, Fasquelle, 1925). D’autres ouvrages sont consacrés à des thèmes tels que Deux angoisses : la Mort, l’Amour Paris, Fasquelle, 1924 ou Le Mariage, Paris Hachette 1927 (2e éd. 1964). D’autres ont été plus connus comme Les pensées d’un biologiste , Paris, Stock , 1939-1978, Pages d’un moraliste, Paris Fasquelle, 1952, Inquiétudes d’un biologiste, Paris, Stock, 1967…

Abolitionniste, ardent abolitionniste, Rostand, membre de l’Association française contre la peine de mort prévoyait dans un discours : «   Le jour où notre Association aura triomphé marquera non la victoire d’un parti ou d’un régime, - mais une victoire de l’Homme.  » Cette victoire de l’Homme, Rostand ne la connaîtra pas. La peine de mort ne fut abolie en France (dernier pays européen à l’abolir) que le 18 septembre 1981 par un vote majoritaire à l’Assemblée nationale de 369 suffrages pour l’abolition et 113 contre…

Autre combat et non des moindres et celui que Rostand mène contre l’armement nucléaire. Il prend conscience dès 1945, après le bombardement atomique sur le Japon, des dangers que l’arme nucléaire fait encourir à l’Homme. En compagnie de plusieurs scientifiques, dont Théodore Monod et Alfred Kastler ((Prix Nobel de Physique 1966), Rostand participe à la fondation du Mouvement contre l’armement atomique (M.C.A.A.) en 1963. Ce mouvement était une suite logique des actions menées par Albert Schweitzer (Prix Nobel de la Paix 1952) en 1954 et 1957 avec Linus Pauling (Prix Nobel de Chimie 1954 et Prix Nobel de la Paix 1962) auprès de l’ONU et de Frédéric Joliot-Curie (Prix Nobel de Chimie 1935) qui lance en 1950 le célèbre « Appel » contre l’arme atomique signé par 150 millions de personnes. Toutes ces démarches menées par des hommes et des femmes qui avaient pris la mesure des dangers du nucléaire ne servirent guère. De part le monde il y a eu plus de 2000 essais nucléaires, atmosphériques, souterrains, extra-atmosphériques et sous-marins. Les donneurs d’ordres ont ainsi contribué à une pollution massive de l’environnement, sans état d’âme, et dont nous n’avons pas encore mesuré toute la mesure des conséquences sur le monde vivant en général et l’Homme en particulier. En plus du nucléaire militaire, le nucléaire civile a fait la preuve des risques nucléaires avec Tchernobyl et Fukushima qui ont été les plus médiatisés. L’humanité est aujourd’hui entrer dans une phase de Danger Durable. Aussi, quand une délégation des rescapés d’Hiroshima est reçue au cirque d’Hiver à Paris, Rostand prononce-t-il un discours «   Plus jamais d’Hiroshima  » : « Hiroshima…Nom sinistre, à jamais inscrit dans les annales des crimes de l’homme contre l’homme… Nom de fracas et de feu, plus fameux qu’aucun nom de victoire, encore qu’il rappelle la plus cruelle défaite qu’ait subie l’humanité… Fulgurant symbole de la barbarie savante, de la sauvagerie des soi-disant civilisés…Nom qui résulte en ses quatre syllabes toute l’horreur que le progrès technique ajoute à l’horreur essentielle de la guerre… Nom que nous prononçons parfois négligemment parce qu’il est dans des titres de films et sur des couvertures de livres, mais que, ce soir, devant les visages de ceux qui ont vécu tout ce qu’il évoque, nous ne prononçons pas sans frémir… Nom qui désigne la Chose qu’on ne doit jamais plus revoir, la Chose qui doit rester unique dans l’histoire… Nom exécré de tous, mais particulièrement des zélateurs de la science, qui ne sont pas près de pardonner aux bombardements nucléaires la détestable lumière qu’ils ont fait rejaillir sur elle. » Rostand a beaucoup écrit pour dénoncer les effets délétères du nucléaire, qu’il soit d’origine militaire ou civil, sur le patrimoine génétique de l’Homme et de tout ce qui constitue la biodiversité. A ces risques que l’Homme fait encourir à son environnement et à lui-même, Rostand voyait une solution, celle de citoyenneté du Monde, d’un Monde uni. Cette solution relève encore aujourd’hui plus de l’utopie que d’une réelle possibilité et l’existence d’Auroville, près de Pondichéry, n’est guère encourageante, même si à l’époque Rostand s’était servi d’une métaphore embryologique pour présenter cette citée mondialiste « Ville de Paix » : Auroville est un embryon, un embryon terrestre du « monde uni », une sorte d’inducteur « … moral à partir duquel, peu à peu, le monde doit se mondialiser et se pacifier » ........


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