Discours prononcé à la mémoire de Jean Puech Janvier 2007

Discours monument Jean Puech 14 janvier 2007
Association Laïque des Amis du Monument des Libres Penseurs de Neuville-lès-Dieppe
dimanche 18 novembre 2007
par  Lp76
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Rassemblement 2007 devant le monument des Libres Penseurs de Neuville-lès-Dieppe.

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le monument à Jean Puech

Chers amis, chers camarades

Merci d’avoir répondu à l’invitation de l’Association Laïque des Amis du Monument des Libres Penseurs de Neuville-lès-Dieppe pour honorer la mémoire de Jean Puech. J’ai le plaisir de saluer la présence
- de Jean-Louis Aurigny, Président de la Fédération 76 de la Libre Pensée,
- de représentants des francs-maçons du Grand Orient de France, obédience qui fut celle de Jean Puech, membre de la loge de Dieppe : le Phare de la Liberté.

Je salue aussi, mes camarades des Amis de la Commune de Paris, ainsi que tous les Libres Penseurs venus parfois de loin et toujours fidèles à cette manifestation.

Je tiens à excuser Sébastien Jumel, vice-président du Conseil Général de Seine Maritime retenu par des engagements pris antérieurement, Sandrine Hurel, Sénatrice, Conseillère Générale et Françoise Billiez, Maire-Délégué de Neuville-lès-Dieppe, M. Pierre Kauffman, ministre plénipotentiaire honoraire, rescapé du camp d’Orianenburg.

Comme chaque année depuis 1995, conformément aux statuts de l’Association, nous nous retrouvons devant le monument des Libres Penseurs, avec la Libre Pensée, autour du 14 janvier, date anniversaire de la mort de Jean Puech.

Jean Puech était franc-maçon. Il était aussi militant de la Libre Pensée depuis 1919. Un engagement sans doute mûri pendant la grande tuerie mondiale de 14-18 durant laquelle JeanPuech fut, en tant que soldat blessé grièvement aux jambes. Il devient maire de Neuville-lès-Dieppe en mai 1938. Sa double appartenance fit de lui une personne particulièrement exposée sous le régime de Vichy. Rappelons que ce régime interdit ces deux organisations quasiment en même temps. Nombre de Libres Penseurs et de Francs Maçons furent livrés à la Gestapo, connurent les camps de la mort. Lorsqu’en 1943, le gouvernement de Pétain, chien fidèle de l’occupant nazi lui demande de fournir une liste de concitoyens pour le STO, Jean Puech refuse d’obtempérer. Il réunit son conseil municipal le 30 septembre 1943. Il annonce qu’il envoie sa démission au sous-préfet. Le Conseil Municipal unanime démissionne aussi.

Le 11 octobre 1943, Jean Puech est arrêté ainsi que les 13 conseillers municipaux présents dont Robert Vain ( futur maire ), Auguste Cordier, Georges Hébert, Marcel Boulan, Emile Defaque, Alfred Hérault, Robert Leber, Paul Noël, Joseph Mauger, Raymond Saint-Léger, Charles Séré. Les conseillers furent condamnés à 3 mois de prison. Les Allemands considérèrent Jean Puech comme instigateur de cet acte de résistance. Le 20 juin 1944, il fut déporté, via Compiègne, à Dachau où il mourut le 14 janvier 1945 à quelques mois de la libération du camp en avril 1945.

Je ne peux m’empêcher d’évoquer ici la disparition d’un compagnon de Jean Puech, franc-maçon comme lui, résistant comme lui à l’occupant nazi, membre du réseau Patriam Recuperare, livré à la Gestapo puis déporté. Maurice Célestin Aldou mourut au camp d’Orianenburg Sachsenhausen.

Comment ne pas mettre en regard l’acte courageux de Jean Puech et l’attitude des prélats de l’Eglise et celle de la Curie romaine à la même époque ? L’an dernier j’évoquais le rôle du Vatican dans les Ratlines, ces filières d’exfiltration des nazis pour l’Amérique du Sud ou l’Espagne.

Je prendrai comme exemple la position de l’archevêque de Reims, Mr Louis MARMOTTIN, qui avertit ses fidèles en ses termes :

« C’est un devoir de conscience, d’obéir au chef de la nation, de le servir, de le soutenir et un catholique commet un péché s’il prend le parti de rebelles, de ceux qui se révoltent contre le chef de l’État ».

Une recommandation appréciée par le préfet René BOUSQUET, qui ne manque pas de la mentionner dans le rapport qu’il adresse au gouvernement en janvier 1942 :

« Mgr Marmottin, dont l’action ecclésiastique a toujours été importante dans la région, en réponse aux vœux qui lui ont été exprimés par les associations et œuvres catholiques de Reims, a précisé l’attitude que doivent adopter les catholiques à l’heure présente au point de vue religieux, social et civique.

Sur le terrain civique en particulier, l’archevêque de Reims invoque, les plus hautes raisons doctrinales, affirme le caractère impérieux qui met la conscience en cause de l’obéissance au chef de l’État et à ses représentants légaux, comme investis du pouvoir légitime de Dieu ».

Pour remercier Marmottin de son rôle de béquille du régime collabo de Vichy, Pie XII lui offrit la pourpre cardinale.

Je mettrai également en regard la déclaration de Jean Puech dans la délibération du Conseil Municipal du 30 septembre 1943 où il annonçait son refus de se plier aux ordres de l’occupant et celle du Préfet de Seine Inférieure M. Pujès en octobre 1942 :

« Au mois de juin 40, alors que tous les Pouvoirs Publics avaient précipitamment quitté la région, je suis resté seul à mon poste et ai été pris comme otage responsable du bon ordre de l’agglomération dieppoise. (…) Aujourd’hui je reçois l’ordre de me faire agent-recruteur de la main-d’œuvre pour des travaux qui répugnent à la grande majorité des Français, et je dois, en outre désigner moi-même les victimes, je ne puis croire qu’en agissant ainsi, je serve encore mon pays. Dans ces conditions, je vous adresse, Monsieur le Sous-Préfet, ma démission immédiate de Maire de Neuville-lès-Dieppe. Je vous prie d’agréer, Monsieur le Sous-Préfet, avec mes respectueuses salutations l’assurance de mon indéfectible dévouement aux intérêts de la France, mais de la France seulement ».

Dans un courrier au Ministre de l’Intérieur en Octobre 1942, le Préfet de SI écrivait « J’ai interné un juif et son complice aryen pour activités de marché noir, mais aussi un autre juif qui s’était présenté à mes bureaux arrogamment et sans être muni de son étoile ». Archives Nationales F I C III 1188

Il y a d’un côté le représentant d’un Etat collaborateur du régime nazi, et de l’autre un élu, Jean Puech, respectueux du mandat confié par ses électeurs, fidèle à ses deux engagements de franc-maçon et de libre penseur qui ne pouvait que refuser de devenir le subsidiaire d’une Europe marchand au pas de l’oie. Rappelons que le régime collabo de Vichy instaura dès 1940 des lois raciales à l’encontre des juifs, avant même que l’occupant ne le lui demande.

Je ne dresserai pas la liste des lois de Vichy montrant la collusion avec l’Eglise. Je citerai juste la bataille que mènent aujourd’hui les Libres Penseurs pour demander l’abrogation de la loi de 25 décembre 1942, remettant gravement en cause l’article 19 de la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat. C’est par cette loi que l’Eglise peut recevoir des dons, des subventions déguisées pour l’entretien d’édifices cultuels. Depuis la Libération, il ne s’est pas trouvé un seul gouvernement pour abroger cette loi du régime de Vichy. Bien au contraire, les violations de la loi de 1905 sont légion.

En 2006, certains ont voulu lors des cérémonies du 11 novembre donner un éclat particulier à ces manifestations en commémorant l’anniversaire de la bataille de Verdun. Rappelons que c’est près de Verdun que Jean Puech fut grièvement blessé aux jambes. Peut-on commémorer une boucherie qui fit plus d’un demi-million de morts pour quelques arpents de terre gorgés de sang, - pour rien ou plutôt pour le plus grand profit des marchands de canons et de fil barbelé ?

Paul Valéry disait : « La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas. »

Rappelons ce passage des carnets du tonnelier Barthas en 1919 : « J’étais libre après cinquante quatre mois d’esclavage ! J’échappais enfin des griffes du militarisme à qui je vouais une haine farouche. (…) Et dans les villages, on parle déjà d’élever des monuments de gloire, d’apothéose aux victimes de la grande tuerie, à ceux disent les patriocards, qui ont fait volontairement le sacrifice de leur vie, comme si ces malheureux avaient pu choisir, faire différemment. Je ne donnerai mon obole que si ces monuments symbolisaient une véhémente protestation contre la guerre,. (…) Ah ! Si les morts de cette guerre pouvaient sortir de leurs tombes, comme ils briseraient ces monuments d’hypocrite pitié car ceux qui les y élèvent les ont sacrifiés sans pitié. Car, qui a osé crier : Assez de sang versé ! Assez de morts ! Assez de souffrances ! » En tous cas, certainement pas le Vatican fidèle soutien des régimes dictatoriaux, suivant les imprécations de son idole dans l’Evangile de Luc : « Quant à mes ennemis, ces gens qui ne voulaient pas que je règne sur eux, amenez-les ici, et égorgez-les devant moi. (Luc, 19, 26,27) ».

Comme le disait Arthur Schopenhauer en 1851 « Que la religion serve de masques aux desseins les plus vils, c’est un fait qui ne doit plus étonner personne ». Parerga 1851.

Le 11 novembre, les Libres Penseurs étaient mobilisés, non pour fêter Verdun, mais pour des rassemblements pacifistes, pour exiger la réhabilitation des fusillés pour l’exemple. Près de 600 soldats, souvent pris au hasard, ont été passés par les armes, pour galvaniser les troupes, pour satisfaire la soif de sang de l’Etat-Major. Certains ont été réhabilités, comme ceux de Sartilly dans la Manche, grâce à l’opiniâtreté des familles comme celle de Blanche Maupas. Mais tous les autres ? Je voudrais saluer le travail du Docteur Bruno Garraud du Tréport, habitant de Blangy sur Bresle. Il a réalisé un remarquable travail d’historien. En découvrant au hasard d’une conversation qu’un habitant de Blangy avait été fusillé en 1915, il a sorti de l’oubli le soldat André Lecroq, ouvrier verrier, « mort à Vrigny le 18 mai 1815 sous l’uniforme ». En fait fusillé pour l’exemple. Le 39 ème régiment était au lieu dit « Le bois de la Mine » au Sud de l’Aisne, non loin de Craonne (Sud-Est ). Ils ont subi 36 heures de pilonnage. Lecroq a laissé son fusil et s’est replié 800 m en arrière vers son poste de commandement. Il était atteint du fameux « choc traumatique ». Le commandant de Lignière lui a intimé l’ordre de retourner à son poste, ce qu’il a fait. Mais un rapport a dû être fait et le Général Tassin a demandé sa comparution en Conseil de Guerre. Les faits ont eu lieu le 11 mai 1915. Le 18, il passait en Conseil de Guerre et a été exécuté le jour même à Vrigny dans la Marne près de Reims.

En fait cette exécution a été demandée par l’Etat Major pour faire un exemple. L’Etat-Major savait que le 39 ème devait partir vers Arras pour la fameuse attaque de Neuville-St Vaast. Il fallait montrer ce qui risquait d’arriver si on faiblissait. Lecroq en a fait les frais.

Le docteur Garraud travaille actuellement sur le cas d’autres soldats du Tréport morts pendant la grande boucherie et dont les noms ne figurent pas sur le monument aux morts.

C’est plus de 40000 actes de mutinerie contre la barbarie qui ont été recensés lors du conflit de 14-18, des actes réprimés durement. En cette année 2007 où la guerre fait toujours rage en Irak, le combat pour la paix, pour le retrait des troupes US ne doit pas faiblir. Au sein même des forces d’occupation, plus de 200 soldats américains ont lancé un appel pour le retrait des troupes US d’Irak. Les familles de soldats se font les ambassadrices de ces appels à la paix. Elles n’acceptent pas de voir mourir leurs enfants pour satisfaire les appétits des faucons du Pentagone.

Je voudrais rapprocher l’acte de résistance de Jean Puech, son refus d’obéir aux ordres, de celui des soldats du 17ème régiment d’Infanterie de Béziers qui le 18 juin 1907 – bientôt un centenaire à fêter- refusèrent d’obéir aux ordres des officiers qui leur demandaient de tirer sur les vignerons en lutte. Ils mirent « crosse en l’air »

« Refrain :
Salut à vous
Braves soldats du 17 ème ;
Salut, braves pioupious ;
Chacun vous admire et vous aime ;
Salut, salut à vous,
A votre geste magnifique ;
Vous auriez, en tirant sur nous,
Assassiné la République ».

Je vous invite à observer une minute de silence à la mémoire de Jean Puech, puis Jean-Louis Aurigny, Président de la Fédération 76 de la Libre Pensée prendra la parole.

Olivier Poullet Président


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