Colloque Jacquerie des 4 et 5 octobre 2008 à Clermont

samedi 13 décembre 2008
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1358 - 1958 - 2008
La Jacquerie, entre mémoire et oubli les 4 et 5 octobre 2008
Hôtel de ville de Clermont (Oise)

SORTIE DES ACTES DU COLLOQUE EN JUIN 2012 : "LA JACQUERIE, ENTRE MÉMOIRE ET OUBLI" AUX ÉDITIONS ENCRAGE (voir plus bas)

12 interventions se sont succédées. Un banquet républicain le samedi soir a réuni 50 participants

Thème du samedi : LA JACQUERIE, REVOLTE DES PETITES GENS, EVENEMENTS ET CONTEXTE


Pierre Rigault à Clermont le 4 oct 08 Pierre RIGAULT, Membre fondateur de la Société Archéologique de Creil : Carriers d’antan, Jacques et lieux de mémoire : depuis l’Antiquité, les hommes de la région de Creil exploitent les richesses de leur sous-sol. En mai 1358, lorsqu’explose la Jacquerie, les paysans-carriers de Saint-Leu-d’Esserent et des alentours ont déjà, derrière eux, une histoire millénaire. Leur engagement dans le combat inégal qui conduira leur mouvement désespéré à l’anéantissement a laissé dans la région des cicatrices perceptibles qu’il nous appartient de revisiter..


G Brunel à Clermont le 4 oct 2008 Ghislain BRUNEL, Archives Nationales (Paris) - Archives de la révolte et lettres de rémission : les serfs de la cathédrale de Laon (1338) et les Jacques (1358) : pour contrebalancer la vision des événements historiques que font prévaloir les textes des chroniques médiévales, grâce à leur réalisme et leur force de persuasion, les archives de la justice publique et des autorités de tout rang (roi, prince, seigneur d’Église) sont scrutées avec grande attention par les historiens. Les lettres de rémission octroyées par le roi de France pour gracier des condamnés ou absoudre un délit à l’avance sont ainsi des sources fondamentales pour l’histoire de la première révolte populaire connue dans la France du XIVe siècle, celle des serfs du Laonnois, et de la Jacquerie qui éclate vingt ans après. Quelques exemples tirés des registres de la chancellerie royale permettent de comprendre le sens de ces documents et à en montrer toute la richesse.


Bettina BOMMERSBACH, Université de Bielefeld (Allemagne) - Violence dans la Jacquerie de 1358 : « faire couler à plaisir le sang » ? : la Jacquerie de 1358 n’a longtemps été vue que comme une « abominable orgie » (Jules Flammermont) traversée d’« horreurs sanglantes » (Siméon Luce). Cependant une analyse systématique des actes et des formes de violence, qui nous sont principalement connus à travers les lettres de rémission conservées aux Archives nationales, permet une description plus précise des motivations et des objectifs des acteurs de cette grande révolte du XIVe siècle.


Marie GUERMONT, Professeur d’histoire, Libre Pensée des Bouches du Rhône : La loi salique : un roman célèbre retraçant les malheurs des Capétiens après l’exécution des Templiers s’intitule « Les Rois Maudits » ; il aurait sans doute été plus conforme à la réalité historique de traiter des « Reines Maudites » : princesse étranglée dans sa prison, diminution du pouvoir juridique et patrimonial des femmes même de haute naissance, et, surtout, en 1316, puis en 1328, interdiction aux femmes du lignage royal de succéder et même de transmettre la succession à la couronne de France. Il paraît, selon l’Evangile, que « les lys ne filent point ». Avec plus de 40 ans d’écart, la re-découverte de la Loi Salique justifie, a posteriori, en la raccrochant à un passé mythique, l’éviction des femmes et de leur descendance du trône de France…


Gérard LECOEUR, passionné d’Histoire, L’homme enterré : pour vivre heureux, vivons cachés. Pour pouvoir survivre, l’homme, à défaut de détenir la force, a dû se cacher. Ce problème se retrouve à travers les siècles et les circonstances, et il mérite que l’on s’y arrête…


Patrick TOUSSAINT, Directeur du service culturel, Chargé du Patrimoine de la ville de Clermont - L’enceinte du bourg de Clermont au XIVème siècle : ce n’est qu’au XIIème siècle que l’agglomération clermontoise semble commencer à occuper l’espace que l’on désigne de nos jours par le vocable « ville haute ». C’est assez tardivement, pendant la guerre de cent ans, que l’on va édifier une enceinte maçonnée renforcée de tours et percée de trois portes. Nous faisons un bilan des connaissances sur les principales composantes de ces défenses grâce notamment à des observations récentes.


Samedi soir, dans la salle basse de l’Hôtel de ville : Banquet républicain Banquet républicain du 4 oct 2008 à Clermont de l'Oise sous la statue de Cassini !


Thème du dimanche : HISTORIOGRAPHIE DES REVOLTES

Pierre RIGAULT, Membre fondateur de la Société Archéologique de Creil : La Jacquerie dans les manuels scolaires au XXème siècle : présentation de l’exposition de manuels scolaires d’histoire du XXème siècle.


Liliane FRAYSSE, Agrégée Histoire, Les luttes paysannes dans le royaume de Hongrie aux XIVème, XVème et XVIème siècles : des soulèvements contre une exploitation féodale qui se renforce et pour défendre leur terre menacée par deux empires conquérants, la Turquie ottomane et la puissance Habsbourgeoise…


Jean Marc SCHIAPPA, Directeur de l’IRELP (Institut de Recherches et d’Etudes de la Libre Pensée), auteur de « Gracchus Babeuf avec les Egaux » : un exemple de révolté en Picardie, BABEUF : les origines picardes de l’orientation révolutionnaire de Babeuf et ses conséquences dans sa pensée et dans son action…


Françoise ROSENZWEIG, Agrégée, docteur en Histoire : Maurice DOMMANGET, historien de la Jacquerie de 1358 : définition – DOMMANGET n’est pas un médiéviste – Pourquoi s’est-il intéressé à la Jacquerie ? – Les carences de l’étude de DOMMANGET – DOMMANGET a fait œuvre de militant plus que d’historien – Révolte et Révolution.


Loic Le Bars à Clermont le 4 octobre 2008 Loïc LE BARS, historien spécialiste du syndicalisme dans l’enseignement - Maurice DOMMANGET et le syndicalisme révolutionnaire dans l’enseignement : l’attachement à la tradition syndicaliste révolutionnaire qui a toujours caractérisé le syndicalisme enseignant dans l’Oise doit beaucoup à Maurice DOMMANGET. Il fut en effet le principal animateur du syndicat de l’enseignement fondé à son initiative en 1914. Celui-ci était affilié à la Fédération de l’enseignement qui contribua activement à la création de la CGTU. Maurice DOMMANGET s’affirma rapidement comme l’un des principaux dirigeants de cette organisation qui se réclamait de ce syndicalisme révolutionnaire, adapté à l’enseignement, élaboré par les premiers instituteurs syndicalistes au début du 20e siècle. S’il n’exerça plus de responsabilité importante après la réunification syndicale de 1935-1936, il resta attaché à cette conception exigeante et avant-gardiste du syndicalisme enseignant et continua à la défendre aussi bien dans ses interventions dans les instances syndicales que dans ses écrits. C’est à son école que se formèrent les militants de l’Ecole Emancipée qui devaient prendre les rênes des sections départementales du SNI et de la FEN après la deuxième Guerre mondiale.


Marc BLONDEL, Président national de la Libre Pensée : DOMMANGET, syndicaliste et libre penseur. Lignes extraites de la préface à la ré-édition récente du livre de Maurice Dommanget « Le curé Meslier », par Marc Blondel : « …Instituteur, il fut nommé à Montataire (Oise), il adhéra au Parti Socialiste, s’engagea syndicalement et publia, sous divers pseudonymes, des articles dans « le Travailleur de l’Oise »…Le choix des noms d’écriture de Maurice Dommanget est révélateur de l’état d’esprit de l’individu : Jean Social et Jean Prolo…Socialiste, révolutionnaire, libre penseur, son action militante dans le syndicalisme… »


Avec une pensée pour Louise MICHEL, qui y fut prisonnière, c’est à Clermont, les 4 et 5 octobre 2008, sur le lieu même du supplice du « roi des Jacques » Guillaume CALLE et de ses compagnons de révolte, que se tinrent deux journées d’étude pour le 650èmeanniversaire de la Jacquerie.
Ces journées ont réuni, dans le très bel Hôtel de ville du XIVème siècle de cette ville du centre de l’Oise, des chercheurs, universitaires, médiévistes et historiens chevronnés, mais aussi des syndicalistes et des libres penseurs, car il s’agit pour nous de saluer aussi au passage l’action de nos aînés.

Ce fut l’occasion de découvrir ou de redécouvrir un épisode dramatique oublié de l’Histoire de France. Intense et violente, la révolte des Jacques, était autrefois enseignée dans les écoles, et elle a aujourd’hui disparu des manuels scolaires. Contemporaine de celle d’Etienne Marcel et vaincue, mais annonçant la fin de la féodalité, la Jacquerie des paysans reste le symbole de la légitimité de dire non à l’insupportable et elle dérange encore.

Ces révoltés du Moyen Age voyaient leurs droits bafoués par des édits royaux revenant sur des chartes signées deux siècles plus tôt. Pour survivre et échapper aux bandes de la guerre de Cent ans les paysans se terraient, au sens propre du terme - en témoignent les "muches" souterraines que l’on trouve partout dans la région. Le plat pays était ravagé par la peste noire comme par les armées du roi de France et celles de son cousin, le roi d’Angleterre.

Cité par Emile LAMBERT dans le livre qu’il publia en 1967 sur Villers St Paul, MICHELET écrivait :

«  Les souffrances du paysan avaient passé la mesure ; tous avaient frappé dessus comme sur une bête tombée sous la charge ; la bête se releva enragée, et elle mordit..  ».

Ils ont tenté l’impossible : s’unir pour résister. Ils le firent en brûlant et pillant les châteaux.

La répression fut plus féroce encore.

Symbole de révolte populaire, c’est de Jacques Bonhomme qu’il sera question, du Moyen Age à nos jours, de son désespoir et de son courage, mais aussi de la démocratie et de sa sauvegarde car, comme l’a écrit Maurice DOMMANGET : "La démocratie prend sa source dans la volonté intransigeante et toujours en éveil, de se mutiner contre l’arbitraire et l’oppression" .

La Libre Pensée de l’Oise a renoué ainsi avec le chantier ouvert par les libres penseurs qui avaient commémoré la Jacquerie en 1958, autour du Conseil syndical du SNI et de Maurice DOMMANGET (1888-1976), syndicaliste, historien, libre penseur et instituteur de l’Oise.


Histoire en Picardie

Ouvrage dirigé par Patrick Toussaint & Pierre Rigault

La Jacquerie Entre mémoire et oubli

Un volume broché, 16,5×23,5, 272 pages — juin 2012

ISBN 978-2-36058-007-1

La Jacquerie de 1358 est aujourd’hui absente des manuels scolaires. Jules Michelet la décrivait ainsi : « La Jacquerie est une vengeance de désespérés, de damnés ; c’est la protestation du bon droit, et du droit à la vie, contre une oppression séculaire, mais aussi, à l’origine, un moyen de résister aux brigandages. L’exaspération des humbles, chiens esragies, les pousse aux pires excès et, dans la folie de leur désespoir, ils veulent faire payer cher en quelques jours un arriéré de plusieurs siècles. »

Au milieu du XXe siècle, L’école Libératrice, journal du Syndicat National des Instituteurs, publiait des fiches pédagogiques à destination des enseignants, pour qu’ils en instruisent leurs élèves. En 1958, pour le 600e anniversaire de la Jacquerie, le syndicaliste Maurice Dommanget y précisait : « La démocratie prend sa source dans la volonté intransigeante et toujours en éveil, de se mutiner contre l’arbitraire et l’oppression. »

Ernest Lavisse écrivait que l’histoire avait pour but de préparer « les jeunes âmes à de grands devoirs ». Ne plus former et informer les élèves, c’est en faire des « amnésiques aveugles ». « Epur si mueve » disait Galilée ! Tel était le propos du colloque organisé à Clermont de l’Oise par le Libre Pensée pour le 650e anniversaire, car la mémoire de la Jacquerie perdure, sortie de l’oubli institutionnel par les citoyens associés et vigilants.


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