LIBRE-PENSONS LES FETES DE JEANNE D’ARC

Orléans 2021, au temps du Covid et de la Charte de la laïcité
lundi 10 mai 2021
par  Les compagnon.ne.s d’Etienne Dolet
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L’édition 2021 des Fêtes de jeanne d’Arc à Orléans

La Jeanne d’Arc 2020-2021 s’est rendue, le 29 avril à 22h, en armure et à cheval à la traditionnelle remise de l’épée sur le parvis de la cathédrale des mains de la Jeanne d’Arc 2019. Discours de Bénédicte Baranger, présidente de l’association Orléans Jeanne d’Arc, puis de l’évêque, jacques Blaquart puis du commandant de la Base aérienne de Bricy, le colonel Stanislas Michel, puis du Maire (LR), Serge Grouard. Le tout à huis clos et sans public. Et pour un peu sans la presse. En effet, la cérémonie était filmée par une société privée, dans le cadre d’un documentaire sur les fêtes financé par la Ville qui devait être diffusé par France 3 Régions. Mais le 27 avril, le directeur régional de FR3, Jean-Jacques Basier, se retire du projet dont la neutralité politique lui semble mise à mal par la tribune que s’adjuge le Maire Les Républicains et par le choix d’une journaliste de Valeurs Actuelles. Ce qui lui vaut d’être la cible de menaces téléphoniques et sur les réseaux sociaux. Serge Grouard, étant fâché avec la presse qui avait relayé le refus de France 3, le service communication de la Mairie décommandait alors la presse qui avait été conviée à la remise de l’épée -ce qui pouvait légitimement être interprété comme une mesure de rétorsion-, pour ensuite l’autoriser à nouveau au dernier moment sans plus d’explications.

Le 1 mai au matin, la chevauchée de Jeanne d’arc s’est faite, en voiture et avec un public très restreint d’étape en étape. En effet, Bénédicte Baranger, présidente de l’Association Orléans-jeanne d’Arc ne voulait pas qu’on annule la Chevauchée afin de faire du 1 mai "une journée d’hommage de la jeunesse chrétienne à Jeanne". "Je ne peux pas laisser cette date sans rien" a-t-elle encore déclaré... Rappelons-lui que le 1 mai, il y a le cortège de la fête des Travailleurs !

Puis, dans un programme resserré pour cette édition, le maire d’Orléans, Serge Grouard, remettait l’étendard à l’évêque d’Orléans, Jacques Blaquart à 17h (quel symbole auquel se prêtent les autorités civiles d’un État laïque !). Compte tenu du protocole sanitaire, seuls y ont pris part les représentants de la Ville d’Orléans, de l’Évêché et de l’Armée.

Le 8 mai à 10h30, la messe a été concélébrée à la cathédrale Sainte-Croix (avec une jauge de 500 personnes) par l’évêque de Reims et président de la conférence des évêques de France, Eric de Moulins-Beaufort. Toutes les parties de la fête supposant un rassemblement sont reportées. Le 8 mai est le jour de la libération d’Orléans par Jeanne d’Arc. Pour un peu, on en oublierait la commémoration de la capitulation de l’Allemagne nazie...

La laïcité a-t-elle été respectée en 2021 ?

Le 8 mai , le " film-documentaire relatant les temps forts de l’hommage d’Orléans à Jeanne d’Arc", tourné les 29 avril et 1er mai 2021, dans un format adapté en raison du contexte sanitaire" a été publié sur le site municipal orleans-metropole.fr (on n’est jamais si bien servi que par soi-même). Ce n’est rien qu’un produit, en apparence banal, de propagande. Mais pas celle de la laïcité...

Le seul qui a parlé de laïcité, lors de la remise de l’épée à la cathédrale, c’est l’évêque, Jacques Blaquart ! Procédé de récupération vieux comme l’Église qui lui a permis de s’adapter pour survivre à tout, y compris à elle-même. "Chacun de nous est libre de croire ou de ne pas croire, c’est cela la saine laïcité qui est tant débattue dans notre pays, Jeanne appartient à tous, croyants et non croyants, elle n’est récupérable par personne". Faites ce que je dis et ne faites pas ce que je fais car il poursuit : "Saint Jeanne d’Arc dans la prière et l’action, derrière Jésus et Marie peints sur son étendard, nous pousse à l’unité, au courage... A force de l’entendre marteler "Sainte Jeanne d’Arc", on en oublierait presque qu’elle est une martyre de l’Église, martyrisée par l’Église.

Pour le colonel Michel, commandant de la Place d’Armes d’Orléans, Jeanne d’Arc est "une guerrière inspirante pour nos officiers". Il parle dans la cathédrale d’Orléans, on honore une sainte catholique et la Loi des Séparatismes a désigné l’ennemi : "l’entrisme pour l’essentiel d’inspiration islamiste", qu’il va donc falloir bouter hors de France. "Jeanne d’Arc incarne plus que toute autre ce qu’il y a de meilleur en lutte contre ce qu’il a de plus médiocre, avec elle, c’est une certaine idée de la France que nous défendons, c’est une France fière d’elle-même, c’est un souffle de liberté, c’est un esprit de résistance", dira le maire, Serge Grouard, dans son discours crypté. Encore une fois, à quoi, à qui ? Il cite ensuite Milan Kundera, "la liberté contre la tyrannie". Nous sentons plutôt, quant à nous, le souffle liberticide souffler sur l’hexagone avec les lois de "Sécurité globale" et "Contre le séparatisme" votées par son parti, Les Républicains, et le parti du président de l’État, Macron, de La République en Marche pour qui la République est en danger... de diversité politique, de diversité religieuse, etc.

Sous une neutralité politique et religieuse de façade perçait le credo d’un public d’ouailles déjà conquis et souriant béatement.

Mais passons à la messe du 8 mai qui était cette année l’objet de notre attention sur la question de la laïcité. Elle s’inscrit habituellement dans le programme des Fêtes johanniques organisées par la Ville. Comme pour toute manifestation cultuelle s’inscrivant dans événement à caractère historique et culturel, les élu.e.s peuvent ceindre l’écharpe tricolore mais pas prier ou communier. Sauf que la polémique Charte de la laïcité, adoptée le 10 décembre 2020 par conseil municipal d’Orléans les y autorisait cette année. Les élus ont-ils ou pas usé de l’alinéa 2 faisant de la messe solennelle en l’honneur de Jeanne d’Arc une exception à la neutralité républicaine lors des cérémonies religieuses ? Ont-ils prié ou communié en écharpe tricolore ?

La messe était retransmise sur la chaine You tube du diocèse d’Orléans. Les commentaires étaient désactivés. Apportons-les donc nous-mêmes. Nous y voyons au premier rang, des élus loirétains, dont le maire d’Orléans, Serge Grouard et Stéphanie Rist, députée La République en Marche. Jean-Pierre Sueur, sénateur PS, avait dû exiger à son arrivée d’être au premier rang, arguant que" le principe républicain devait prévaloir", rapporte la République du Centre, et refusant le troisième rang prévu pour les parlementaires. Le premier rang était dévolu au prétendant du trône de France, le Prince Jean d’Orléans, comte de Paris et duc de France, invité d’honneur de la messe avec son épouse. Ouf, ça s’est arrangé, il y avait de la place au premier rang de la messe pour tout le monde...

Et la laïcité au fait ? Nous voyons, sur You Tube, les élu.es sans écharpe tricolore, qui semblent passer pour communier (pas d’image probante cependant). De même pour les représentants militaires. Quoi qu’il en soit, pas d’entorse à la loi de 1905 pour les élu.e.s car ils ne revêtaient pas les insignes de leur fonction. Il en va sans doute de même pour les militaires soumis à la neutralité par l’article Article L4121-2 du code militaire (pas de certitude car la caméra les filme de dos). La municipalité a donc cédé, les élu.e.s ont manifesté leur foi à titre purement personnel sans user de l’exception faite par la Charte de la laïcité en cours d’examen de légalité par la Préfecture.

Mais ce n’est pas l’explication fournie par le conseiller municipal, Charles-Eric Lemaignen à La République du Centre : "Nous n’avons pas d’écharpe car la messe n’est pas organisée par la ville d’Orléans mais par le diocèse". En effet, cette année, en raison du Covid, les fêtes organisées par la Ville ont duré du 29 avril au 1 mai. Pas d’écharpe, pas de délit ! Cela dit, certain.e.s élus, pas tous mais pas des moindres, ne remportent pas la palme de la neutralité, dans la plus stricte légalité s’entend : leur choix personnel et/ou institutionnel était bien affiché et filmé quand ils étaient en première ligne sur les bancs officiels.

La question posée par la Charte orléanaise de la laïcité est renvoyée à la prochaine édition des Fêtes de Jeanne d’Arc. Le maire, Serge Grouard, se tire ainsi de ce mauvais pas ... Bref, il y a pas mal de "jésuites" dans cette affaire !

Non à l’alibi mensonger de la tradition

La loi Grammont de 1850 condamne les sévices aux animaux. En 1951, le Parlement vote un texte stipulant que ces dispositions ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu’une tradition ininterrompue a été invoquée". En 1959, un alinéa ajoute "locale et ininterrompue". Cette contorsion, dénoncée comme cachant de multiples intérêts, est considérée comme unique en son genre mais, en 2012, le Conseil Constitutionnel rend sa sentence : il n’est pas anticonstitutionnel de prévoir des différences de traitement entre les régions à tradition tauromachique et les autres.

Y a-t-il des régions à tradition locale et ininterrompue johannique, Orléans, Reims, Rouen... autorisant une exception culturelle à la laïcité pour des raisons à la fois religieuses, politiques et commerciales ? La notion de tradition est un faux alibi pour légitimer un privilège accordé à l’Église, une préférence confessionnelle accordée aux catholiques au niveau institutionnel par les mêmes censés garantir la laïcité. L’entorse à la loi de 1905 que constitue la Charte orléanaise de la laïcité, en faveur des Fêtes de Jeanne d’Arc, en est la démonstration.

Pour des fêtes de Jeanne d’Arc laïques

Jean Jaurès était un fervent admirateur de Jeanne d’Arc et le défenseur d’une icône de gauche. Jean Zay, libre-penseur, alors membre du gouvernement de Front Populaire, aurait participé au cortège commémoratif. Les élu.e.s pourraient donc tout à fait, et ce serait souhaitable, ne pas adhérer aux fêtes johanniques actuelles et proposer une formule laïque.

Les fêtes de Jeanne d’Arc à Orléans étant reconnues officiellement au Patrimoine culturel immatériel de France depuis 2018, la question de la laïcité ne pouvait que jouer les trouble-fêtes, telles que ces festivités sont conçues -à savoir, par et pour la réaction politique et religieuse-. Les institutions républicaines locales se soumettent à l’Église avec conviction : la Municipalité d’Orléans se charge de la logistique, la coordination, les subventions aux associations, un comité d’éthique s’est constitué sous la présidence du maire d’Orléans, avec un représentant de l’évêché d’Orléans, un représentant de l’Armée, la présidente de l’association Orléans Jeanne d’Arc, un consultant historique missionné par la Mairie, chargé de veiller au respect des traditions et des valeurs véhiculées par les fêtes.

Jeanne n’a pas été condamnée pour sorcellerie mais elle est bel et bien, selon le slogan antisexiste dans toutes les langues du monde, la petite fille des sorcières que l’Église a brûlées, elle en est même une icône. Dominique Tripet, conseillère municipale communiste d’Orléans, s’est indignée à juste titre que la Charte orléanaise de la laïcité soit écrite exclusivement au masculin et avait promis de porter l’affaire de l’exception à la laïcité en justice.

Dans les années 80-90, il a existé à Orléans des contre-fêtes johanniques à caractère alternatif et libertaire (objecteurs de consciences, antinucléaires, confédération paysanne etc.). La FLP 45 trouve intéressant d’envisager un autre discours sur Jeanne d’Arc. Pour l’heure et, en parallèle, il est urgent de veiller au respect de la loi de 1905 lors de ces fêtes.

Le mot de la fin

Les fêtes de Jeanne d’Arc à Orléans sont-elles "une manifestation cultuelle intégrée à un événement à caractère historique et culturel" (ce qui autorise les élus à porter l’écharpe tricolore lors d’une messe solennelle) ... Ou le contraire ?

Armée, Clergé, État et Capitalisme, tous les pouvoirs en somme, se donnent la main pour organiser les fêtes de Jeanne d’Arc. La collusion des élu.e.s avec l’Église pour conforter ses mythes prosélytes est un fait sur le fond, même si on arrive rarement, comme c’est le cas avec la Charte de la laïcité d’Orléans, à un vice de forme pouvant être dénoncé et soumis à examen légal. Mais rien n’empêche notre libre examen. Libre-pensons les fêtes johanniques !

Monica Jornet
Présidente de la Libre Pensée du Loiret


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