La Raison 91, Numéro 71 : La Guerre de 14-18 et les prix Goncourt Notes de lecture, par Françoise Rousseau

dimanche 27 janvier 2019
par  lpEssonne
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« Gaspard » de René Benjamin (prix Goncourt 1915)

Franchouillard, hâbleur, menteur à ses heures, débrouillard, Gaspard est heureux d’aller à la guerre combattre les « alboches », les porcs qui tuent les braves poilus sans se montrer. Gaspard est blessé par une balle qui lui arrache un bout de fesse et par un obus qui l’amputera d’une partie de la jambe droite. Mais quel brave poilu ! Il rencontre des braves camarades, de braves jeunes femmes qui le chouchoutent, un brave aristo du Perche qui lui offre un lieu de convalescence, un brave américain qui lui donne un travail : démonstrateur de jambe artificielle. Bref, un poilu qui garde le moral quelles que soient les circonstances, un poilu comme en rêve le gouvernement de l’époque, un poilu qui obéit sans discuter !

L’auteur restera un inconditionnel de Pétain jusqu’au bout. Il sera jugé en 1945 comme d’autres auteurs mais non condamné. Dès 1915, il fut encensé dans l’Action Française par Léon Daudet. Son petit-fils, à l’origine de la réédition de cet ouvrage, a écrit : « René Benjamin n’est banni que de l’Histoire stérile des historiens et des instituteurs aigris »… On peut le lire mais vous n’êtes pas obligé !

« Le Feu » d’Henri Barbusse (prix Goncourt 1916)

La vie d’une escouade de poilus ordinaires y est décrite méthodiquement, presque scientifiquement. Tout est raconté dans le détail : le train-train quotidien des poilus, leurs gros mots, leurs peurs, leurs joies d’être encore en vie un jour de plus, leurs peines quand tombe un copain, leurs actes héroïques qui ne servent à rien… Ils découvrent un poteau d’exécution où un soldat « un peu flemme » a été fusillé « pour l’exemple » !

Le récit va crescendo dans l’horreur, sans emphase, jusqu’au moment où les soldats, en position délicate dans la boue glacée, se posent toutes les questions possibles : le sens de cette guerre, les responsables, et en concluent : « Plus jamais ça ! » - un cri toujours d’actualité en cette année de commémorations officielles.

Un ouvrage à lire ou à relire avant l’inauguration du monument à la mémoire des Fusillés pour l’exemple. L’auteur a également écrit « Clarté », un livre basé sur ses carnets de guerre qui a eu le malheur de ne pas plaire aux généraux et qui a été censuré…

« Capitaine Conan » de Roger Vercel (prix Goncourt 1934) :

« Tuer un type, tout le monde pouvait le faire mais, en le tuant, loger la peur dans le crâne de dix mille autres, ça c’était notre boulot ! Pour cela, fallait y aller au couteau. C’est le couteau qui a gagné la guerre, pas le canon… On est peut-être 3 000, pas plus, à s’en être servi sur tous les fronts. C’est ces 3 000 là les vainqueurs, les vrais. »

C’est cela selon lui le vrai soldat : un baroudeur, sanguinaire, prêt à tous les coups de main contre l’ennemi : d’abord les Buls (bulgares sur le front d’Orient) puis les Rouges après l’armistice de 1918.

Jusqu’à la démobilisation complète de l’armée d’Orient, Conan et son commando multiplient les exactions contre les civils avec l’indulgence du Tribunal militaire lequel se montre impitoyable envers le soldat « trouillard » qui a désobéi aux ordres et qui se voit infliger dégradation et exécution par les armes. A la fin de la guerre, Conan le bon soldat désœuvré, devenu une épave, rejoint les Associations d’anciens combattants, déçus par la République, qui seront en tête de la manifestation du 6 février 1934… Comme « Gaspard », on n’est pas obligé de le lire non plus.

« Au revoir là-haut » de Pierre Lemaître (prix Goncourt 2013) :

Le livre a été un succès de librairie. Son adaptation au cinéma lui est assez fidèle. A lire si ce n’est déjà fait.

« Frère d’âme » de David Diop (prix Goncourt des lycéens 2018)

« Vous les Chocolats d’Afrique noire, vous êtes naturellement les plus courageux parmi les courageux. La France reconnaissante vous admire »…

Ainsi sont accueillis les tirailleurs sénégalais dans leur compagnie. Ils sont 162 000 envoyés au front avec mission de faire peur. Fusil dans la main gauche et coupe-coupe dans la main droite, ils sortent en hurlant des tranchées, en roulant des yeux féroces pour effrayer un ennemi qu’ils ne connaissent pas.

Entre récits de combats et onirisme, le livre est construit comme un conte africain avec ses phrases répétitives. La trame est celle de la vengeance d’un tirailleur qui a vu mourir son ami éventré.

L’auteur a voulu rendre hommage à tous ces hommes oubliés, sacrifiés, morts loin de chez eux qui ont payé un lourd tribut à cette guerre impérialiste. Un ouvrage à lire.

Françoise Rousseau


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