La Raison 91, Numéro 67 : « On veut toujours être plus laïque que les autres », par Maurice Gelbard

mardi 6 mars 2018
par  lpEssonne
popularité : 2%

Qui se souvient de cet entretien télévisé où le Général s’écriait qu’on n’allait pas construire l’Europe en répétant « Europe ! Europe ! »

Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui sautent comme des cabris en répétant « Laïcité ! Laïcité » ou « Loi 1905 ! loi 1905 ! »

Rappelons que cette loi dite de « Séparation des Eglises et de l’Etat » n’écrit jamais dans ses 44 articles les mots Séparation, Eglises, Etat et encore moins Laïcité, mot qui ne fut prononcé que deux fois entre le 4 mars et le 9 décembre 1905. Le dernier jour, ses adversaires proposèrent de la renommer « Lois sur les nouveaux rapports entre les Eglises et l’Etat », ce qu’elle est ; mais il aurait fallu repasser devant la Chambre des députés et le Gouvernement était pressé d’en finir.

Nous avons l’habitude de lier cette loi à la laïcité à cause de notre anticléricalisme viscéral.

Nous n’en connaissons généralement que les deux premiers articles – et encore ! :

article 1 : La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public.

Première remarque : c’est la reprise de l’article 10 de la déclaration des Droits de l’Homme de 1789 : Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. Les opinions religieuses sont des opinions comme les autres contrairement à la volonté de certains qui, aujourd’hui, distinguent liberté de pensée et liberté religieuse.

Deuxième remarque : ce libre exercice des cultes, garanti par la loi, est la seule liberté publique à jouir de cette assurance dans le seul pays du monde à lui donner force de loi.

article 2 : La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l’Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes. Pourront toutefois être inscrites aux dits budgets les dépenses relatives à des services d’aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons. Les établissements publics du culte sont supprimés, sous réserve des dispositions énoncées à l’article 3.

La République peut donc parfaitement subventionner des associations d’obédience catholique, juive, protestante, bouddhiste, du moment que ce ne ce sont pas des associations cultuelles destinées au fonctionnement d’un culte, comme elle subventionne des associations laïques ; que ça nous plaise ou non. Il ne nous faut veiller qu’à l’équité. Et s’il y a un bureau des cultes au ministère de l’Intérieur, il n’y a pas pour autant de ministre de l’Intérieur ET des Cultes.

La laïcité fait débat depuis un certain temps pour stigmatiser l’Islam. Ces gens qui condamnent des attitudes outrancières de certains pratiquants de cette religion n’ont jamais condamné des attitudes outrancières d’autres religions majoritaires en France. Héraut de la laïcité nous ne les avons jamais vu défendre l’école laïque par exemple. Non, l’Islam ne serait pas par nature plus hermétique aujourd’hui à la laïcité que ne l’était le culte catholique en 1905. La laïcité n’a pas à s’adapter à une religion, de même qu’aucun croyant ne peut réclamer de droits particuliers. 

Personnellement, j’ai une tendresse pour l’article 31 de cette loi : « Sont punis de la peine d’amende prévue pour les contraventions de la 5ème classe et d’un emprisonnement de six jours à deux mois ou de l’une de ces deux peines seulement ceux qui, soit par voies de fait, violences ou menaces contre un individu, soit en lui faisant craindre de perdre son emploi ou d’exposer à un dommage sa personne, sa famille ou sa fortune, l’auront déterminé à exercer ou à s’abstenir d’exercer un culte, à faire partie ou à cesser de faire partie d’une association cultuelle, à contribuer ou à s’abstenir de contribuer aux frais d’un culte. »

Je simplifie : Il est interdit d’obliger les gens à croire (même maintenant dans les département concordataires), comme il est interdit d’obliger les gens à ne pas croire. Et ceci s’applique à tous. La Laïcité est peut-être là.

La République ne juge personne selon ses croyances ou appartenances présumées. Ce n’est ni une police de la pensée, ni une option philosophique parmi d’autres valeurs particulières. 

La République est séparée des religions, elle n’a pas à organiser les cultes, contrairement aux intentions des Gouvernants et ce depuis une vingtaine d’années ; même s’ils ont à faire face à des problèmes qui auraient pu être résolus ou amoindris depuis longtemps.

A ceux qui claironnent qu’en 1905 il n’y avait pas de musulmans en France, il faut répondre qu’en Algérie, département français, on en comptait 10 millions ; que lorsqu’on inaugura la Mosquée de Paris, construite sur fonds publics, le Président du Conseil déclara que la France (avec ses colonies) était le plus grand pays musulman !!! Mais voilà, la loi de 1905 n’a jamais été appliquée aux musulmans d’Algérie puisqu’ils n’étaient pas citoyens (et même lorsqu’ils le furent). Le colonialisme aveugle et stupide nous aura fait rater cette rencontre.

Dans quelle mesure les partisans des racines chrétiennes de la France ne sont pas également des nostalgiques de l’Algérie française, revanchards de leur déconvenue ?

Maurice Gelbard


Les articles signés n’engagent que leur auteur. Nos lecteurs peuvent les utiliser en citant source et auteur, lequel conserve la propriété intellectuelle de ses écrits.


Agenda

<<

2020

 

<<

Février

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
272829303112
3456789
10111213141516
17181920212223
2425262728291
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois