Colloque Lafargue - 3 décembre 2011 - Évry : Introduction au colloque, par Marc Blondel

samedi 3 décembre 2011
par  lpEssonne
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Citoyens, citoyennes,

Il va nous falloir travailler dans une relative intimité due, sans doute, à la non maîtrise du temps –maussade- par le Président de la Fédération de l’Essonne.

J’ai coutume de dire que je suis Président de la Fédération Nationale de la Libre Pensée, Président, responsable de gens qui ne veulent pas de chef. Cela pour souligne que notre état d’esprit nous porte à nous interroger, à douter, à contester.

Nous nous voulons les héritiers des sceptiques grecs.

Nous avons besoin de nous renseigner, de nous cultiver, il n’y a pas d’âge pour cela.

Ce genre d’initiative permet ainsi de suppléer les éventuelles faiblesses de l’enseignement. L’enseignement –particulièrement celui de l’Histoire-. Celui-ci se détériorant de manière régulière, heureusement que ce genre d’initiatives permet à ceux qui veulent en savoir plus d’acquérir quelques connaissances supplémentaires.

Je me félicite que ce colloque se tienne ici et que les thèmes que nous allons traiter entre dans ce cadre. Je tiens à remercier les Autorités publiques qui ont facilité sa tenue. Il n’est pas mauvais, en ces temps de campagne électorale, d’utiliser l’élan dans les relations de ces Autorités avec les citoyens pour aborder des problèmes tels que celui-ci.

En général les élus que nous rencontrons lors de nos initiatives, nous sollicitent au sujet de la LAICITE.

La laïcité n’est pas exclusivement un phénomène national, ni un problème d’opportunité au moment des élections. C’est quelque chose d’universel, de permanent.

Je peux donner l’impression d’être distant avec LAFARGUE, mais je ne le suis pas : l’un des caractères de LAFARGUE, c’est son anticléricalisme, ou plus exactement une antireligiosité. Il avait ressenti –anticipation qui me parait importante- que CAPITALISME et RELIGION ne ferait qu’un, ne pouvaient faire qu’un et que la RELIGION serait ainsi utilisée autant que de besoin. Il dénonce le dieu CAPITAL avec beaucoup de talent.

Je pense que l’on a tendance à considéré le « DROIT A LA PARESSE » comme un bouclier pour … paresser, refuser de faire ses devoirs, quand on est écolier ou étudier, par exemple. Ce n’est pas du tout cela. Nos amis historiens y reviendront et permettront de resituer cet ouvrage dans la période où il a été écrit, en 1880, avant le développement industriel que nous connaissons.

Il est incontestable que la naissance du mouvement syndical est venue avec le développement industriel.

Il est intéressant de constater que dans les idées de LAFARGUE on retrouve des choses curieuses. J’ai tendance à accoupler les déclarations du Président SARKOZY – travailler plus pour gagner plus- avec ce que dénonçait LAFARGUE : que le capitalisme conduisait, par souci d’en avoir toujours plus, à vouloir faire travailler tout le monde plus longtemps. Parfois on sent chez LAFARGUE une anticipation : la condamnation de la consommation pour la consommation. Il a dénoncé le travail des femmes et le travail des enfants.

J’ai connu le moment où le travail de nuit des femmes était encore interdit dans l’industrie parce que la France avait ratifié la convention internationale qui interdisait le travail de nuit des femmes dans l’industrie. Au nom de l’égalitarisme, des « modernistes » on a dit : il faut remettre en cause cette garantie, cette protection. On a même dit que cette interdiction empêchait les femmes de trouver du travail dans les entreprises ;

A l’époque, une amie du président du Conseil général, Martine AUBRY, Ministre du travail, déclarait en substance : la Cour européenne de justice nous condamne, je ne peux pas faire autrement que de dénoncer cette convention.

Nous avons eu des échanges plus que vifs à ce sujet.

Qu’ont gagné les travailleurs dans cette affaire ?

Néanmoins, cela montre bien que les garanties que nous obtenons sont aléatoires. Elles peuvent être remises en cause, c’est le cas de la retraite à 60 ans ou des 35 heures.

Le Président SARKOZY ne va-t-il pas jusqu’à rendre la retraite à 62 ans et les 35 heures, responsables des difficultés actuelles du pays ?

LAFARGUE a parfaitement compris que le capitalisme aboutirait à écraser tout le monde. Il me faut constater que le système capitaliste arrive à ses contradictions, qu’avaient compris LAFARGUE et son beau-père Karl MARX. Ce dernier avait expliqué que la libre concurrence conduisait à des positions de monopoles, à l’exploitation la plus totale.

Nous n’en sommes pas loin.

Je m’étonne qu’il n’y ait pas d’alternative à ce genre de choix de société, même de la part de nos amis de l’opposition, Monsieur le Président.

Je reste anticapitaliste.

Je rêve d’une société collectiviste. On ne va pas refaire 1917. On peut construire une société mixte avec une partie laissée à la libre concurrence, à la loi du marché, et des firmes plus collectivistes, plus étatiques, pour rééquilibrer les choses.

Sinon, d’exploitation en exploitation, on verra se constituer une plèbe –les gens rejetés- ; cette plèbe fera une cour des miracles et posera des problèmes de sécurité.

Il est probable que –si j’obtenais satisfaction- je serai quand même dans l’opposition parce que je suis libre penseur et qu’il faut toujours un contrepoids dans la société. C’est mon côté un peu libertaire qui me rapproche de LAFARGUE.

J’aimerais –puisque le Président en a parlé- que les partis, comme naguère, continuent à animer des Universités populaires voire des centres de formation, qu’ils n’abandonnent pas les citoyens à la télévision comme seul moyen de connaissances.

Pour en revenir à Paul LAFARGUE, il est nécessaire de le remettre en rapport avec son temps. Ce n’est pas celui de Renault ou d’EADS quand il écrit ; les femmes travaillaient comme les hommes.

Pendant la Commune de Paris, il se disait féministe : pour l’égalité entre les hommes et les femmes. Maintenant le féministe c’est autre chose.

Il fut l’un des fondateurs de l’A.I.I., l’Association Internationale des Travailleurs, la première Internationale, à Londres, en septembre 1864, il avait 20 ans. Pour moi, c’est la plus belle de toutes les Internationales. Elle ne regroupait pas que des travailleurs. Elle regroupait avec les salariés, des penseurs, des philosophes et ceux qu’on appelait alors des « économistes » qui réfléchissait sur ce qu’était la classe ouvrière et sur ce qu’elle allait devenir. Bien entendu LAFARGUE a été derrière. Il l’était personnellement. Il l’était par Karl MARX, il fut le secrétaire de Karl MARX, il a construit le Parti Socialiste. Il était pour le communisme intégral. Je suis resté fidèle à la 1ère Internationale.

C’est elle qui a mis debout une structure dans laquelle j’ai milité pendant plus de 18 ans, au Conseil d’Administration du B.I.T. (Bureau International du Travail constitué en 1919).

Elle fut la première à comprendre que le domaine du capitalisme –et son opposé- celui de la classe ouvrière n’était pas une affaire nationale. Elle était en avance sur la mondialisation. Le B.I.T. a pu être mis debout parce que les patrons avaient une peur bleue de la pénétration de la Révolution d’Octobre.

LAFARGUE ne fut pas très heureux de la Charte d’Amiens en 1906 ; comme Jules GUESDE, il ne croyait pas au mouvement syndical indépendant des partis. Le mouvement syndical n’était bon qu’à organiser des grèves. Pour le reste, qu’il s’en remette au parti : qu’il vote bien et il aura des lois qui lui donneront satisfaction. Cela reste le b.a. ba de la sociale démocratie. Jules GUESDE développe cela, LAFARGUE aussi, lors de ses campagnes électorales dans le Nord de la France.

Il a ferraillé contre JAURES qui, sur ce point, était plus nuancé. J’apprécie Jean JAURES, il me rappelle qu’il ne faut pas céder à l’extrémisme (je serais volontiers extrémiste).

En 1905, dans le débat sur la séparation effective des Eglises et de l’Etat, j’aurais été plutôt Allariste [1]. Ca aurait été stupide. Cela menait à la guerre civile. JAURES et Ferdinand BUISSON, par leur travail et leurs déclarations, ont équilibré les choses.

Eux ils parlaient comme des hommes politiques ayant une optique de gestion du pays.

Laisser croire que le mouvement syndical peut être en lien permanent avec les partis politiques est une erreur.

En 1906, ils ont eu raison.

L’indépendance syndicale est une nécessité.

Aux syndicats revient la défense des intérêts des salariés.

Aux partis revient la gestion de la société.

En système capitaliste il y a des antagonismes.

Même en situation de dictature du prolétariat, l’expérience l’a montré, il y a nécessité de syndicats indépendants.

LAFARGUE était du côté de Jules GUESDE, ce qui ne veut pas dire qu’il était toujours sur cette ligne de dépendance des syndicats à l’égard des partis.

Soulignons qu’en 1906, le mouvement syndical était :
 anticlérical,
 anticapitaliste,
 antimilitarisme.

Nous reviendrons, à la fin du colloque, sur la liberté de vivre et de mourir avec l’ADMD. Ca relie LAFARGUE à la libre pensée.

Il y a quelques mois, avec ROMERO, Président de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD), nous eussions pu obtenir, au Sénat, un vote concernant l’euthanasie. Nous devions gagner, même les sénateurs UMP étaient favorables. L’Eglise a repris la main. Le texte final fut totalement neutre. L’Archevêque de Lyon a téléphoné personnellement aux sénateurs, y compris UMP et leur a demandé de ne pas voter.

L’affaire n’est pas finie, nous ne renonçons pas.

LAFARGUE n’a pas connu la mise en place de structures européennes qui font que le budget de la France devra être soumis à l’Europe.

Je ne connais pas BARROSO, je n’ai pas voté pour Mr BARROSO, il n’a aucune délégation citoyenne.

Je n’insisterai pas car je ne veux pas transformer notre colloque en campagne électorale.

Mais savez-vous que, déjà, sur tous les problèmes de bioéthique, il existe une commission, à Bruxelles. La représentation française est assurée par un ecclésiastique et une vierge consacrée.

Ils font, ainsi, autour de BARROSO, du lobbying pour encadrer notre vie de citoyen, notre liberté, notre morale.

Ils mettent ainsi en place ce qu’ils appellent dans leur jargon : la gouvernance mondiale.

C’est une utopie dangereuse :la gouvernance mondiale, c’est donner le moyen de gouverner aux possédants, c’est-à-dire aux financiers capitalistes.

Les droits des citoyens seront, par définition, bafoués.

Si dans l’un des 27 pays nous devions voter contre, nous ne le pourrions pas, car c’est à l’Europe qu’il reviendra de décider.

Ce qui vaut pour la France, vaut pour la Grèce. Ils ont viré PAPARANDREOU.

Cela vaut aussi pour l’Italie, même si le régime de BERLUSCONI n’avait pas notre agrément.

La façon dont tout cela se passe est tout à fait antidémocratique.

O O O

Nos amis historiens et universitaires, vont enrichir nos connaissances sur Paul LAFARGUE.

Ne pas faire du « droit à la paresse » un slogan. Replacer les choses dans leur époque.

Bien entendu, on s’arrêtera sur le « droit à la paresse » mais « la religion du capital » et ses autres œuvres méritent d’être lues.


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[1Maurice ALLARD (1860-1942), un des dirigeants de premier plan de la Libre Pensée avec F. BUISSON, A. BRIAND. Il était favorable à une loi de suppression des Eglises par l’Etat.


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