LP75 : L’une et l’autre contre la loi du 09 décembre 1905

mardi 16 janvier 2018
par  Lp 75
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La présidente de la région Île-de-France, aussi bien que la maire de Paris, s’en prennent à la loi du 9 décembre 1905, chacune à sa façon, et ce au nom de la « laïcité ». La première, Valérie Pécresse, a publié, le 9 mars 2017, une charte « laïciticide ». La seconde, Anne Hidalgo, joue le jeu clérical en distribuant des millions à des organismes d’obédience religieuse. L’une et l’autre mentionnent la loi du 9 décembre 1905, l’une et l’autre évoquent « la laïcité » et rappellent la nature constitutionnelle de celle-ci, ainsi que le sens que celle-ci porte : la liberté de conscience, la séparation des Eglises et de l’État… qu’elles ne respectent ni l’une ni l’autre. Voyons cela.

Selon la charte de la laïcité de la région Ile-de-France, [1], la laïcité doit « s’appliquer aux agents de la région » mais aussi « à tous les partenaires régionaux et usagers des équipements et services publics régionaux ». Cela est totalement contraire à la loi du 9 décembre 1905 [2]. L’insupportable est à son comble quand, le conseil régional subordonne l’attribution de subventions régionales aux organismes à la signature de cette charte et fait appel à la délation :« les associations et le mouvement sportif ... doivent alerter les pouvoirs compétents des situations problématiques et dangereuses » [3].Devant le tollé provoqué par ce coup de force, l’exécutif de la région adopte un amendement le 18 mai 2017. Les collectivités n’auront pas à signer le texte pour toucher leur subvention. Cette reculade est un leurre, la Région Ile de France exige toujours des associations qui veulent demander une subvention, l’adoption de la charte par « signature et cachet ». L’observatoire de la laïcité, présidé par Jean-Louis Bianco, consulté, a détecté une mention contraire au droit et l’occultation des libertés pour avancer uniquement des interdits, notamment en matière religieuse. L’observatoire craint une mauvaise compréhension de la laïcité de la part de ceux qui en sont destinataires. Aussi accuse-t-il la charte de la région Île-de-France de rendre plus confuse la laïcité qu’elle prétend défendre. Anne Hidalgo, de son côté, à qui la Fédération de Paris de la Libre Pensée avait demandé une entrevue, inventaire des subventions aux organismes d’obédience religieuse à la main, lui a adressé une obscure subordonnée, interdisant ainsi tout dialogue. D’autre part, en accordant par la suite des sommes de plus en plus importantes aux associations d’obédience religieuse, elle a réaffirmé son mépris pour la loi du 9 décembre 1905 en jouant le jeu clérical [4].. Paris dépasse Metz, ville concordataire, pour les montants des subventions qu’elle verse aux organismes d’obédience religieuse.

Les faits ne s’arrêtent pas là ! Quelques 70 maires européens, dont la maire de Paris Anne Hidalgo, se sont retrouvés une première fois le 21 juillet 2015 et une seconde fois les 9 et 10 décembre 2016 à la Cité du Vatican, à l’invitation du pape François. [5] La majorité des citoyens se sont aperçus, avec la loi El Khomri puis avec les ordonnances sur la loi travail de Macron, que la politique menée par la droite comme celle menée par la gauche, sont au service du grand capital. Pour celui-ci, la liberté de conscience, la séparation des Eglises et de l’Etat, comme l’ensemble des acquis républicains et sociaux, sont à effacer. Cependant, il serait bien imprudent d’affirmer que tout est joué : La Libre Pensée, comme plusieurs autres défenseurs de la loi du 9 décembre 1905, résiste et combat. La Libre Pensée n’a-t-elle pas défendu avec succès la laïcité à Lyon, Béziers, Hénin-Beaumont qui se sont vu interdire une crèche catholique dans leur mairie ? À Ploërmel, le Conseil d’Etat contraint le maire à faire enlever la croix plantée sur le monument érigé sur la place publique, et dans la foulée rappelle qu’il est interdit d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions. [6] Revenons à nos deux édiles. L’une avec le grand Paris, l’autre avec le très grand Paris, s’en prennent toutes deux aux piliers de la démocratie républicaine datant des 14 et 22 décembre 1789 que sont les communes et les départements en France. Ces derniers font que l’État Français est ce qu’il est, justement ce que le grand capital mondial ne supporte plus. Nous restons attentifs aux mouvements de résistance aux plans du grand capital dont le mot d’ordre est : « Des droits de l’homme, de la laïcité, des acquis de la révolution française, des acquis sociaux, faisons table rase ». Maire de Paris et Présidente de région, l’une et l’autre accompagnent, ni plus ni moins chacune à sa façon dans la continuité de leur prédécesseur, la politique du grand capital. En ce qui concerne la Libre Pensée, la loi du 9 décembre 1905 doit être respectée par les élus comme par tous ceux représentant l’État et les services publics. Il y va de la liberté de conscience et de la liberté tout court de tous les citoyens et résidents quels qu’ils soient. Claude Dubois


Supplément au n° 263 de la Raison, 05/01/2018


[1] Voir l’article « Chartes de la laïcité ou laïcités à la carte ? » dans la Raison n° 626 parue en décembre 2017 (page 36) ou sur le site de la FNLP

[2] Selon la loi du 9 décembre 1905, la laïcité ne s’applique qu’à l’État et aux services publics, et préserve la liberté de conscience des usagers comme celle de tout citoyen n’agissant pas au nom de l’État ou d’un service public. Loi du 9 décembre 1905, Article 1 : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public »

[3] Paragraphe « mise en place du réseau d’alerte et d’intervention » de la « Charte régionale des valeurs de la République et de la laïcité »

[4] Voir le bulletin de la Fédération de la LP de Paris, de novembre 2017

[5] Source : Le Parisien du 22 juillet 2015 ; Le Point du 14 décembre 2016

[6] Loi du 9 décembre 1905, Article 28.


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