Discours du 13 janvier 2008

jeudi 24 janvier 2008
par  Lp76
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35 Libres-Penseurs sont venus ce dimanche 1er janvier 2008 rendre hommage à Jean Puech, ancien maire de Neuville-lès-Dieppe, mot en déportation pour avoir refusé de dresser une liste de ces concitoyens pour le STO.

JPEG - 375.7 ko Chers amis, chers camarades

Merci d’avoir répondu à l’invitation de l’Association Laïque des Amis du Monument des Libres Penseurs de Neuville-lès-Dieppe pour honorer la mémoire de Jean Puech. J’ai le plaisir de saluer la présence de Sam Ayache pour la Fédération Nationale, de Jean-Louis Aurigny, Président de la Fédération 76 de la Libre Pensée, de représentants des francs-maçons du Grand Orient de France, obédience qui fut celle de Jean Puech, membre de la loge de Dieppe : le Phare de la Liberté. Je salue aussi, mes camarades des Amis de la Commune de Paris.… ainsi que tous les Libres Penseurs venus parfois de loin et toujours fidèles à cette manifestation.

Je tiens à excuser Mme Sandrine Hurel, députée, conseillère générale, retenue à la cérémonie de vœux, Mme Billiez, Maire-délégué de Neuville-lès-Dieppe, Michel Fouquet, maire de Fresnoy-Folny, vice-président du Conseil Général de Seine Maritime.

Comme chaque année depuis 1995, conformément aux statuts de l’Association, nous nous retrouvons devant le monument des Libres Penseurs, avec la Libre Pensée, autour du 14 janvier, date anniversaire de la mort de Jean Puech.

C’est avec une certaine émotion qu’en consultant les archives locales, notamment la presse de 1944, j’ai retrouvé un encart dans « Les Informations Dieppoises du vendredi 13 octobre 1944. Dieppe et Neuville venaient tout juste d’être libérées le 1er septembre 1944. Il s’agit d’un arrêté du Préfet Bonnet donnant la constitution des conseils municipaux de Dieppe et de Neuville. « Article 2 : Sont remis en fonctions dans cette commune les conseillers municipaux élus avant le 1er septembre 1939 dont les noms suivent : - Jean Puech - Georges Hébert - Henri Hénault - Robert Vain - Raymond Saint-Léger - Joseph Mauger.

Jean Puech, dont on était sans nouvelles depuis sa déportation à Dachau en date du 20 juin précédent, était pleinement rétabli dans ses fonctions de 1er magistrat de Neuville-lès-Dieppe.

Jean Puech était franc-maçon. Il était aussi militant de la Libre Pensée depuis 1919. Un engagement sans doute mûri pendant la grande tuerie mondiale de 14-18 durant laquelle Jean Puech fut, en tant que soldat blessé grièvement aux jambes. Il devient maire de Neuville-lès-Dieppe en mai 1938. Sa double appartenance fit de lui une personne particulièrement exposée sous le régime de Vichy. Rappelons que ce régime interdit ces deux organisations quasiment en même temps. Nombre de Libres Penseurs et de Francs Maçons furent livrés à la Gestapo, connurent les camps de la mort. Lorsqu’en 1943, le gouvernement de Pétain, chien fidèle de l’occupant nazi lui demande de fournir une liste de concitoyens pour le STO, Jean Puech refuse d’obtempérer. Il réunit son conseil municipal le 30 septembre 1943. Il annonce qu’il envoie sa démission au sous-préfet. Le Conseil Municipal unanime démissionne aussi. Le 11 octobre 1943, Jean Puech est arrêté ainsi que les 13 conseillers municipaux présents dont Robert Vain ( futur maire ), ( Auguste Cordier, Georges Hébert, Marcel Boulan, Emile Defaque, Alfred Hérault, Robert Leber, Paul Noël, Joseph Mauger, Raymond Saint-Léger, Charles Séré ). Les conseillers furent condamnés à 3 mois de prison. Les Allemands considérèrent Jean Puech comme instigateur de cet acte de résistance. Le 20 juin 1944, il fut déporté, via Compiègne, à Dachau où il mourut le 14 janvier 1945 à quelques mois de la libération du camp en avril 1945. En octobre 1943, Jean Puech ne pouvait ignorer les risques engendrés par son acte de Résistance. Jean Puech, respectueux du mandat confié par ses électeurs, fidèle à ses deux engagements de franc-maçon et de libre penseur ne pouvait que refuser de devenir le subsidiaire d’une Europe marchant à l’ombre de la svastika. Rappelons que le régime collabo de Vichy instaura dès 1940 des lois raciales à l’encontre des juifs, avant même que l’occupant ne le lui demande.

Comment ne pas mettre en regard l’acte courageux de Jean Puech et l’attitude des prélats de l’Eglise et celle de la Curie romaine à la même époque ? J’ai déjà, les années passées évoqué le rôle du Vatican dans les Ratlines, ces filières d’exfiltration des nazis pour l’Amérique du Sud ou l’Espagne, l’attitude des prélats français vis-à-vis de l’occupant nazi. On n’a pas oublié, non plus, que le cardinal Baudrillart et Mgr Mayol de Luppé se firent en France les recruteurs des L.V.F. pour la croisade contre la Russie. Mayol de Luppé était aumônier de la LVF et paradait en uniforme SS. Une collaboration à tous les échelons de la hiérarchie catholique : il s’est même trouvé un curé à Montbéliard en 1942 pour faire une crèche avec Jésus, Marie Joseph et tout le saint frusquin portant l’étoile jaune.

Je voudrais encore citer Hans Kerll, ministre des Affaires ecclésiastiques du IIIe Reich, s’écriant dans une belle envolée mystique : « De même que le Christ a rassemblé ses douze disciples en une cohorte fidèle jusqu’au martyre, de même sommes-nous témoins d’un spectacle identique, Adolf Hitler est, en vérité, le Saint-Esprit ». J’ai déjà parlé de l’engagement de Ratzinger alias Benoît XVI dans les Jeunesses Hitlériennes. Certains nous disent que c’était le lot de tous les jeunes Allemands et que c’est contraint et forcé que le pauvre avait dû s’engager. Permettez-moi de d’en douter ou tout du moins d’affirmer que des Allemands parfois tout aussi jeunes que notre illuminé ont fait un autre choix :

- Je pense à ces très jeunes Allemands de « la Rose Blanche ». Le groupe de résistance La Rose Blanche fut fondé au printemps 1942, à l’université de Munich, par Hans Scholl et Alexander Schmorell. Révoltés par la dictature hitlérienne et les souffrances causées par la guerre, les étudiants se décidèrent à agir pendant l’été 1942. Hans Scholl et Alexander Schmorell rédigèrent plusieurs tracts ; ils les envoyèrent par la poste de la fin du mois de juin à la mi-juillet à des destinataires soigneusement choisis à Munich, principalement des intellectuels.

En juillet 1942, Hans Scholl, Alexander Schmorell et Willi Graf furent incorporés dans la Wehrmacht en tant qu’étudiants en médecine, pour servir comme infirmiers au front de l’Est ; ils furent envoyés en URSS pour trois mois. De retour en Allemagne, ils prirent contact avec d’autres groupes de résistance. (Hans Scholl et Alexander Schmorell se mirent ainsi en relation avec Falk Harnack, le frère de Arvid Harnack, l’un des dirigeants de l’organisation Harnack-Schulze-Boysen.) Pendant l’hiver 1942-1943, lorsque la bataille de Stalingrad atteignit son paroxysme, les étudiants rédigèrent avec leur professeur Kurt Huber le cinquième tract de la Rose Blanche. Des milliers d’exemplaires furent imprimés et distribués non seulement à Munich, mais aussi à Augsbourg, Francfort, Stuttgart, Salzburg, Linz et Vienne.

Le 18 février 1943, Hans Scholl et sa sœur Sophie lancèrent des centaines de tracts dans la cour intérieure de l’université de Munich ; le concierge les arrêta et les livra à la Gestapo. Ils furent condamnés à mort, et décapités car leurs appels au ressaisissement éthique des consciences allemandes fut considéré par les nazis comme un crime politique majeur. Le réseau de Hambourg fut lui aussi démantelé par la Gestapo à l’automne 1943. Hans et Sophie Scholl, ainsi que Christoph Probst, un autre membre du groupe, furent guillotinés le jour même de leur condamnation, le 22 février 1943 ; d’autres résistants, Alexander Schmorell, Willi Graf et le Professeur Kurt Huber furent exécutés quelques mois plus tard. Dix autres membres de la Rose Blanche furent assassinés les années suivantes, dont huit à Hambourg. 80 personnes furent arrêtées dans le sud de l’Allemagne, et 50 personnes dans la région de Hambourg ; elles furent condamnées à des peines de prison allant jusqu’à cinq ans, pour avoir été en contact avec la Rose Blanche. Certains n’avaient pas vingt ans. Alexander Schmorell avait à peine 26 ans, Sophie Scholl 22 ans lorsqu’ils furent exécutés.

- Je pense aussi à ces femmes courageuses de la Rosenstrasse. Des centaines de femmes allemandes manifestant au cœur de Berlin, en 1943, après la défaite allemande de Stalingrad, pour obtenir la libération de leurs maris juifs raflés et menacés de déportation. Le 27 février 1943, à l’aube, les SS de la Leibstandarte Hitler, chargés de la sécurité personnelle du Führer, ont pris place dans des camions bâchés qui partent aux quatre coins de Berlin. Leur mission : arrêter chez eux ou à leur travail, avec l’aide de la Gestapo et de la police municipale, les derniers juifs de la capitale du IIIe Reich. Le soir, quelque 5 000 personnes ont déjà été raflées, dont 1 700 maris d’Allemandes. Certains sont déjà en route pour les camps de la mort. D’autres attendent leur déportation, entassés dans deux prisons improvisées. L’une de celles-ci se trouve aux numéros 2-4 de la Rosenstrasse, où siégeait un bureau d’aide sociale de la communauté juive. Dès l’après-midi, des dizaines de femmes, inquiètes de ne pas voir rentrer leur mari, se massent dans la rue : on en compte bientôt 200. Le 5 mars, le régime tente d’ultimes manœuvres d’intimidation. La Gestapo déplace par la force des dizaines de manifestantes. Puis une Jeep occupée par quatre SS en uniforme et casque d’acier, brandissant des mitraillettes, fonce dans la foule en tirant. Les femmes se dispersent en courant, avant de se retrouver devant la prison. Le 6 mars, non seulement la dictature met fin aux arrestations et aux déportations qui ont continué jusque-là, mais elle ordonne la libération de tous les juifs mariés à des Allemandes – elle fera même rechercher à Auschwitz vingt-cinq d’entre eux, qui pourront regagner leur foyer. Presque tous, d’ailleurs, survivront à la guerre.

Et que penser de la déclaration de Benoît XVI à propos de Pie XII, le pape collabo en mars 2006 : CITE DU VATICAN, 3 mars 2006 (AFP) - Benoît XVI : le pape Pie XII, "un don" pour le XXe siècle « Pie XII est un "don" pour un siècle "aussi difficile" qui a connu deux guerres mondiales et deux idéologies "destructives : le fascisme-nazisme et le communisme. Pie XII a défendu le peuple allemand dans la grande catastrophe qu’a représenté la guerre", "Ce fut le pape de ma jeunesse. Nous l’avons tous vénéré. Comme cela a é té dit d’une façon juste, il a beaucoup aimé le peuple allemand et il l’a défendu même dans la grande catastrophe de la guerre" Quand on connaît le rôle joué par le Vatican dans l’exfiltration de plus de 50000 dignitaires nazis avec la complicité de Hudal, de Montini futur Paul VI et de Pie XII, le criminel Marcel Déat du RNP, caché par le Vatican à Castel Gandolfo sous la bure franciscaine, je crois que l’on peut affirmer que l’engagement de Ratzinger dans la Jeunesse Hitlérienne et son admiration pour PIE XII se complètent parfaitement et nous éclairent sur le triste personnage.

Le 28 octobre 1943 l’ambassadeur von Weiszaecker adressait à von Ribbentrop le message suivant : « Ambassade allemande auprès du Saint-Siège Rome, le 28 octobre 1943. « Bien que pressé de toutes parts, le Pape ne s’est laissé entraîner à aucune réprobation démonstrative de la déportation des Juifs de Rome. Encore qu’il doive s’attendre à ce que cette attitude lui soit reprochée par nos ennemis et qu’elle soit exploitée par les milieux protestants des pays anglo-saxons dans leur propagande contre le catholicisme, il a également tout fait dans cette question délicate pour ne pas mettre à l’épreuve les relations avec le gouvernement allemand… ». Signé : Ernst von Weiszaecker. (Document retrouvé dans les Archives secrètes de la Wilhelmstrasse - Cité par Léon Poliakov).

Vous vous souvenez peut-être du tristement célèbre Oswald Pohl, responsable de l’exploitation de tout ce qui provenait des camps de concentration. Dès la condamnation à mort du tristement célèbre Oswald Pohl en 1947, Pie XII intervient. Je cite : « Le Saint-Père, dans son amour paternel, adresse à Oswald Pohl la bénédiction apostolique comme garantie de la plus haute consolation céleste ». ( Oswald Pohl était un officier nazi et un Obergruppenführer (équivalent : lieutenant général) SS. En tant que directeur de la WVHA (= services d’administration et d’économie de la SS), il organisa l’exploitation de tout ce qui provenait des Juifs depuis les camps de concentration.

En 1944, on retire des mains de Pohl l’administration des camps de concentration pour confier celle-ci au ministère de l’armement. Pohl reste en charge de l’administration de la Waffen-SS jusqu’à la fin de la guerre. Pohl, qui a reçu la plus haute bénédiction de Pie XII, est l’homme qui a ordonné la suppression de millions de Juifs, de Polonais et d’autres qui ont été assassinés dans les camps de la mort nazis… Il est l’homme qui porte la responsabilité des crimes les plus atroces. C’est sur son ordre que les camps de concentration ont été dotés de chambres à gaz… ». Après la défaite allemande, Pohl se cache en Bavière, puis près de Bremem. Il est capturé par les troupes britanniques en mai 1946. Avec 17 autres personnes il est jugé par un tribunal militaire du 8 avril au 22 septembre 1947, où il est accusé de crime contre l’humanité, de crime de guerre et d’avoir été membre d’une organisation criminelle. Il est condamné à mort le 3 novembre 1947. En 1950 il publia un livre, Credo. Mein Weg zu Gott, après sa reconversion au catholicisme. Il y eut plusieurs pétitions de la part des membres du Bundestag pour demander sa clémence mais celle-ci fut refusée par le général Thomas T. Handy. Pohl fut pendu à la prison de Landsberg le 7 juin 1951. )

Puisque nous évoquons la Résistance, j’aimerais dire un mot de l’OPA de Sarkosy sur Guy Môquet. Je ne vous retrace pas toute l’histoire des « fusillés de Châteaubriant ». Simplement je voudrais dire un mot de l’attitude des membres du gouvernement de Vichy à l’aune de l’acte de Résistance de Jean Puech refusant d’appliquer ce que sa conscience lui interdisait de faire.

C’est un Français, ministre de l’Intérieur de Vichy, Pierre Pucheu qui dressa les listes d’otages à fusiller. Sur une liste de 61 personnes remise aux Allemands par Pucheu, figuraient 17 des 27 fusillés de Châteaubriant dont les 2 militants trotskistes Marc Bourhis, instituteur et le maire de Concarneau Pierre Guéguin C’est le même Pierre Pucheu, gros industriel du Comité des Forges, militant des groupes d’extrême-droite « La Cagoule et la Synarchie Nationale » qui en 1936, rageant devant les millions de travailleurs en grève crachait son venin en disant : « Ces fainéants d’ouvriers, s’ils veulent gagner plus, ils n’ont qu’à travailler 50 ans ! ». Bref, « Travailler plus pour gagner plus ». Pierre Pucheu a fait des émules en Sarkoland. Sarkosy, le nouveau Chanoine de Saint Jean de Latran a de qui tenir. Je ne souhaiterai pas – et ce n’est pas de la charité chrétienne- le même sort que Pucheu à notre Président. Pucheu, sentant le vent tourner tenta de s’enrôler dans les troupes de Giraud. Il fut finalement arrêté et condamné à mort et exécuté.

Pour terminer je voudrai évoquer la récente « béatification » de près de 500 membres du clergé espagnol morts pendant la guerre civile. Il y avait déjà eu une première charrette de « bienheureux » en 2001. 233 religieux présentés par Jean-Paul II comme des victimes du terrorisme, faisant un parallèle explicite entre le gouvernement espagnol de 1936-1939 et l’ETA de l’an 2001.

L’initiative de Benoît XVI n’est pas innocente. Elle a lieu alors que le gouvernement espagnol de Zapatero a fait voter aux Cortès une loi dite « de la mémoire historique ». Une véritable escroquerie par ailleurs que cette loi qui cherche à « la réconciliation nationale entre ceux qui ont combattu dans les deux camps d’une guerre fratricide ». La loi n’abolit pas les condamnations prononcées par les tribunaux franquistes et interdit tout travail de mémoire, toute réhabilitation des dizaines de milliers de victimes du camp républicain.

L’Eglise vient donc au secours de Franco : non seulement elle justifie encore une fois la guerre, mais la hiérarchie catholique prend position officiellement pour les exécutions de prisonniers : une lettre, signée par deux cardinaux, six archevêques, 35 évêques et 5 vicaires généraux (la quasi-totalité de l’épiscopat espagnol), est adressée "à tous les évêques du monde". Elle définit la guerre civile comme étant une croisade et un plébiscite armé. Les signataires se réjouissent des exécutions de prisonniers car au moment de l’exécution, l’exécuté se réconcilie avec Dieu. Le 28 septembre 36, le Primat d’Espagne, l’archevêque de Toledo Isidro Gomà, lance un message de soutien aux nationalistes qui combattent à Toledo. Il les encouragent, dit-il, car ils se battent contre "ces maudits fils de Moscou, les juifs et les francs-maçons, les sociétés occultes contrôlées par l’internationale sémitique". L’Eglise qui a toujours servi de béquille aux régimes dictatoriaux devient la fidèle alliée de Franco. Dans le monde entier, l’Eglise catholique se mobilise pour soutenir Franco contre la république. Les évêques allemands publient le 19 août 1936 une pastorale collective qui approuve l’aide apportée par Hitler à Franco. Aux USA, les catholiques réussissent à bloquer toute aide à la république. Roosevelt renonce à soutenir la république pour ne pas perdre les votes des catholiques. Le Pape proclame officiellement "martyr" toute personne tuée par les républicains, et reconnaît Franco dès 1937 (la guerre est alors en cours, et se prolongera jusqu’en 1939), en envoyant un délégué apostolique auprès de Franco, puis le 18 mai 1938 en nommant l’archevêque Gaetano Cicognani Nonce Apostolique, alors que Franco envoie un ambassadeur au Vatican. Le Pape Pie XII salue la victoire finale de Franco en publiant un message intitulé "Avec immense joie". Les combattants républicains furent massacrés ou durent fuir à l’étranger. En France, avec l’occupation allemande et Vichy les réfugiés espagnols connurent à nouveau la répression, camps de concentration français dans le Sud, notamment, traque de la police. J’ai ici quelques rapports transmis par la police locale au Maire de Dieppe faisant état de la surveillance des réfugiés espagnols et des anciens des brigades internationales dès le mois d’octobre 1940 : « « J’ai l’honneur de vous exposer ce qui suit :
- les réfugiés espagnols dénommés ci-après sont indigents et vivent du salaire que leur accorde le Chantier de Chômage de Dieppe
- Riquielme Carlos, marié, père d’un enfant de 7 mois, terrassier au chantier de chômage, demeurant 36 rue St Rémi
- Serrado Térésa, épouse Riquielme, née à Barcelone le 22 août 1909, ex-secrétaire du ministère de l’Intérieur de la République Espagnole.
- Fernandez-Gonzalez Carlos, né à à Oviédo le 23 avril 1876, terrassier au chantier de chômage, demeurant 117 rue de la Barre. Il fréquente assidument les anciens chefs du parti communiste et les ex-volontaires des brigades internationales. Il fait l’objet d’une surveillance spéciale. » De telles enquêtes, une telle surveillance équivalaient la plupart du temps à une arrestation, un internement et bien souvent la déportation. Entre 1940 et 1942, 7200 républicains espagnols furent déportés à Mauthausen, portant le triangle bleu des apatrides. Peu d’entre eux survécurent. Nous savons que le domicile de Jean Puech servit à plusieurs reprises de cachette à plusieurs Résistants traqués, Mme Louise Puech faisant partie d’un mouvement de Résistance. Comme le disait Fernando Arrabal dont le père fut condamné à mort par Franco : « "Tout ce qu’il y a d’atroce, de nauséabond, de fétide, de vulgaire se trouve résumé en un mot : Dieu." (Fernando Arrabal / né en 1932 / L’architecte et l’empereur d’Assyrie, 1967).

J’ai peut-être été long sur l’attitude des uns et des autres, mais je crois que ces développements ne sont pas inutiles pour comprendre la portée du geste de Jean Puech. J’ai puisé dans les actes de résistance durant le conflit mais j’aurais pu tout aussi bien prendre pour exemple des actes plus proches de nous et dont la portée n’en est pas moindre. Nous avons tous en mémoire l’image de cet étudiant chinois anonyme, un sac plastique à la main, s’avançant au devant des chars sur la Place Tien An Men en 1989. On voit le char hésiter, essayer de contourner le jeune homme. Beaucoup de ces actes peuvent sur le moment apparaître comme désespérés ou vains. Nous entendons non pas glorifier ces actes en soi mais surtout mesurer la portée de tels actes. Il n’est pas dans les habitudes des Libres Penseurs d’appeler au sacrifice ou de faire l’éloge de martyrs. Condorcet disait : « Je préfère leur histoire plutôt que leur éloge ; car on ne doit aux morts que ce qui est utile aux vivants : la vérité et la justice ».

Puissent tous ces gestes de Résistance être autant de contrepoints à l’attitude vile de l’Eglise, toujours prête à collaborer avec les dictateurs, se réjouissant du sang de ceux qui ne sont pas dans son camp et proposant à ses fidèles la résignation et le devoir d’obéissance aux puissants comme le prônaient Pierre « [Première Lettre de Pierre, 2:18-20] : « Esclaves, soyez soumis avec une profonde crainte à vos maîtres, non seulement aux bons et aux doux, mais aussi aux acariâtres, injustes et cruels. Car c’est une grâce de supporter, par respect pour Dieu, des peines que l’on souffre injustement. Quelle gloire y a-t-il, en effet, à supporter les coups si vous avez commis une faute ? Mais si, après avoir fait le bien, vous souffrez avec patience, c’est là une grâce aux yeux de Dieu. Et aussi encore Saül de Tarse : « Esclaves, obéissez en tout à vos maîtres d’ici-bas. Servez-les, non parce qu’on vous surveille, comme si vous cherchiez à plaire aux hommes, mais avec la simplicité de cœur de ceux qui craignent le Seigneur. Quel que soit votre travail, faites-le de bon cœur, comme pour le Seigneur, et non pour les hommes, sachant que vous recevrez du Seigneur l’héritage en récompense. Le Maître, c’est le Christ ; vous êtes à son service. [Lettre de Paul aux Colossiens, 3:22,25] Cela devait faire chaud au cœur à ceux qui franchissaient l’entrée des camps de la mort. Comme le disait Voltaire : « Les religions sont nées le jour où le premier des hypocrites a rencontré le premier des imbéciles. » Je voudrais terminer sur quelques lignes de Maupassant extraites de Moiron :

"Dieu, monsieur, c’est un massacreur. Il lui faut tous les jours des morts. Il en fait de toutes les façons pour mieux s’amuser. Il a inventé les maladies, les accidents, pour se divertir tout doucement le long des mois et des années ; et puis, quand il s’ennuie, il y a les épidémies, la peste, le choléra, les angines, la petite vérole ; est-ce que je sais tout ce qu’a imaginé ce monstre ? Ça ne lui suffisait pas encore, ça se ressemble, tous ces maux-là ! et il se paye des guerres de temps en temps, pour voir deux cent mille soldats par terre, écrasés dans le sang et dans la boue, crevés, les bras et les jambes arrachés, les têtes cassées par des boulets comme des œufs qui tombent sur une route." (Guy de Maupassant / 1850-1893 / Moiron)

Je vous invite à observer une minute de silence à la mémoire de Jean Puech, puis Sam Ayache pour la Fédération Nationale de la Libre Pensée et de la Fédération Nationale des Associations des Amis des Monuments Pacifistes, Républicains et Anticléricaux prendra la parole, ainsi que Jean-Louis Aurigny, Président de la Fédération 76 de la Libre Pensée Olivier Poullet


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