Intervention de Pierre Roy au meeting du 8 juin 2013

mercredi 3 juillet 2013
par  lpLoire
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JPEG - 33 ko Chers amis, chers camarades

Permettez-moi de commencer par une question d’apparence naïve. La réhabilitation des fusillés pour l’exemple de 1914-1918, qu’est-ce que c’est ?

Pour les libres penseurs de la FNLP, c’est un devoir de justice devenu une cause humaine. Un devoir de justice au regard de l’Histoire et qui, de ce fait même, ne relève plus de l’institution judiciaire.

Comme on disait au XVIII è siècle, « la postérité s’étonnera ». En effet, la postérité aura de quoi s’étonner que cette cause ait demandé tant d’efforts, poursuivis au cours de tant d’années, pour imposer comme une cause juste ce qui est de l’ordre du bon sens, à savoir la réhabilitation de tous les fusillés, sans exceptions. Quoi donc ? Certains iraient ergoter, objecter, finasser, et dire qu’un tel a bien mérité sa condamnation à mort, qu’il était coupable, que le réhabiliter pose problème etc. etc. ? Au nom de quoi se justifie cette finasserie qui ne peut être ressentie que comme une ultime dérobade à la réhabilitation globale ?

Au nom de la morale ? Mais quelle morale ?

Morale d’une guerre de bout en bout immorale. Morale de cette guerre-là ? Une guerre injustifiable, Un monstrueux monument d’iniquité, Une machine à broyer les corps et les consciences des exécutants, le pistolet du chef braqué en permanence sur la tempe. Morale de ces officiers supérieurs engoncés dans leurs certitudes abstraitement apprises dans les manuels et les études des Écoles militaires ?

Morale de chefs aguerris dans les expéditions coloniales où l’indigène, - comme on disait - qui résistait à la baïonnette civilisatrice, était tué, sa tête exposée, comme cela fut courant sous Lyautey au Maroc, par exemple ?

De quelle morale s’agit-il ?

Morale de ces chefs indignes, cyniques fêtards de l’arrière, faisant bon marché de la chair à canon qu’étaient pour eux les poilus, hier paysans, ouvriers, artisans, instituteurs, et maintenant entamant une course à la mort, ployant sous les 30 kg du havresac, pour attaquer la tranchée d’en face, là où se tapit « l’ennemi », le « boche », comme disaient les communiqués militaires et la presse ivre d’un chauvinisme abject ?

Lui aussi, l’ennemi, il est tout autant transi de peur que le « frère de tranchée » français, tout autant soumis au joug d’ordres aboyés et sans réplique. Il doit obéir, sous peine de mort immédiate. Et c’est donc le mitraillage en nappes de shrapnels couchant à terre les assaillants qui se déploient, là bas, au ras de la terre, dans l’enfer du no man’s land.

Qui vient nous parler de morale dans cet enfer ? Qui ose considérer ces hommes envoyés à la boucherie comme étant des hommes vivant dans des conditions normales ou défendant un idéal si sublime qu’ils devraient raison garder, bien se conduire, être bien propres à l’intérieur d’eux-mêmes en quelque sorte, faute de pouvoir l’être à l’extérieur, avec la boue, la pluie, les rats, les tripes et les membres du copain qui vient d’être explosé par un obus ?

Qu’est-ce que c’est que cette morale-là qui objecte, tergiverse, veut juger au cas par cas ? Quelle référence morale est ici opposée à la réhabilitation collective et sans exceptions ?

Morale des financiers, morale des industriels, morale des Schneider, des Renault, des Krupp, des Thyssen ?

C’est-à-dire, morale de requins ayant conçu et décidé la guerre, dévoreuse de millions et millions de vies humaines, pour accroître leurs profits, pour ouvrir la voie à de nouveau marchés en éliminant les concurrents, pour se partager le monde entre gens de bonne compagnie, gens en définitive assez semblables des deux côtés des Vosges, parce que tous gens regorgeant et se rengorgeant de respectabilité, mais gens de sac et de corde, en réalité, ici et là-bas !

Par écoeurement, par colère, avec de l’emportement, et toutes proportions gardées, on est tenté de clamer haut et fort, comme ce fut fait autrefois, sans détours inutiles, par les surréalistes contre les prêcheurs de dieu : « A la niche, les aboyeurs de morale ! ».

De quel droit, au nom de quoi, au nom de qui, de belles consciences, d’un sourcilleux aveuglement, animées de scrupules hors contexte, pèseraient gravement le pour et le contre en matière de réhabilitation ?

Il faut que cesse cette hypocrisie.

Nous sommes ici réunis pour réclamer une nouvelle fois qu’il soit mis un terme à ces valses-hésitations auxquelles on assiste depuis que ce problème est posé et qu’il est devenu une vraie cause.

On rêve d’une parole, d’une seule, prononcée par la plus haute autorité de l’État : réhabilitation !

Cette parole, on la demande en urgence.

On imagine même qu’un jour, un monument s’élèvera, quelque part sur ces terres des lignes de front, terres bouleversées par les obus, terres creusées de vastes entonnoirs dont les parois s’éboulaient sur les blessés.

Depuis certes, on a re-nivelé mais on n’a pas pu effacer complètement les traces et les cicatrices de la guerre.

Fusils rouillés sortant du sol, ici et là, obus enfouis, crânes et squelettes mutilés émergeant de la glèbe, ce n’est pas une fiction inventée pour un film d’horreur, c’est ce que le paysan d’aujourd’hui, le gamin qui s’amuse, le cueilleur de champignons, peut trouver encore dans les champs, dans les prés, dans les bois de ces régions. Combien d’obus de la première guerre mondiale stockés aujourd’hui à des mètres sous terre ? Tous les ans, on en découvre.

Il faudra près d’un millénaire pour tout faire disparaître, disent les experts.

Dans ce contexte, c’est vrai, un monument aux fusillés pour l’exemple, symbolisant leur réhabilitation accomplie, aurait une signification considérable.

Les monuments aux morts pacifistes, de Gentioux à Pontcharra, d’Aniane à Saint-Martin d’Estreaux, de Joyeuse à Equeurdreville, et j’en passe, sont au moins cent à jalonner une sorte d’itinéraire de la protestation profonde du peuple et d’élus contre la guerre.

Et dans cette protestation, c’est la cause des fusillés pour l’exemple qui est implicitement défendue.

C’est bien elle que nous avons rencontrée lorsque nous avons étudié les monuments aux morts pacifistes. La Fédération Nationale des Associations des Amis des monuments aux morts pacifistes, républicains et anticléricaux connaît donc exactement ce problème douloureux qui a été un thème sous-jacent dans les recherches entreprises sous son égide. C’est bien elle qui était présente à Vingré, à Suippes, à Thiescourt, au Chemin des Dames, au Hartmannswillerskopf, sur la ligne de front, dans l’Aisne, dans l’Oise, dans la Somme, en Haute Marne, dans les Vosges, partout où la folie meurtrière programmée s’est déchaînée il y a un siècle.

C’était hier.

La guerre de 14-18 n’est pas achevée écrivait récemment un camarade dans La Raison. Ce camarade voyait juste, il soulignait à bon droit une indiscutable et scandaleuse réalité.

Seule, la réhabilitation intervenant avant les cérémonies de 2014 permettrait de dire qu’aurait été franchi un pas décisif pour refermer ce dossier.

Et seule, cette réhabilitation proclamée, maintenant, tout de suite, sans attendre, pourrait conférer à ces cérémonies quelque chose d’authentique

Pas avant.

Et si nécessaire, si nos attentes se heurtent à un mutisme obstiné en haut lieu, nous saurons rappeler partout, à chaque occasion offerte, et sans désemparer, ce que demande la grandeur républicaine :

RÉHABILITATION DE TOUS LES FUSILLÉS POUR L’EXEMPLE !

Je vous remercie.

Pierre Roy, président de la Fédération Nationale Laïque des Associations des Amis des Monuments pacifistes, républicains et anticléricaux.

Le 8 juin 2013, meeting tenu à la Bourse du travail de Paris, salle Eugène Varlin. Présidence : Marc Blondel.


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